Homélie du dimanche 3 août 2008 PDF Imprimer Email
Année 2008

1ère lecture : du livre d'Isaïe (55,1-3)
2ème lecture : de la lettre de saint  Paul Apôtre aux Romains (8,35.37-39)
Evangile : selon saint  Matthieu (14,13-21)

 

Cette semaine, avec une équipe de foyers avec qui je chemine depuis des années, j'ai eu la joie de suivre le conseil de Jésus : "partir à l'écart" durant trois jours mais dans un lieu qu'on ne peut qualifier de désertique ni d'aride, la Bourgogne ! J'ai eu aussi la joie de retourner vivre une journée à Taizé. Taizé, un lieu d'Eglise qui a profondément marqué ma vie de jeune prêtre.

Une centaine de frères – la plupart des jeunes – y vivent une vie communautaire rayonnante dans l'esprit de leur fondateur le frère Roger, assassiné il y a trois ans d'ici lors de la prière du soir. Le rayonnement de cette communauté, c'est l'accueil et l'accompagnement de jeunes du monde entier qui s'y rendent comme à une source. Cette semaine, ils étaient encore près de 5000 !

Au regard d'une vidéo qui nous a été projetée et surtout au cours d'un entretien avec un jeune frère, un mot revint sans cesse, un mot fondateur : la confiance. C'est à l'époque du drame de la guerre 40 – 45 que frère Roger commence son aventure. Face aux violences et aux méfiances que vit l'humanité d'alors, il veut relever un défi : au nom de sa foi au Christ, proposer un chemin de confiance. C'est la confiance qui construit nos vies à chacun et qui rend possible et épanouissante la vie en société.

Quand nous regardons nos vies et la vie de ce monde nous ne pouvons que constater que la confiance ne peut s'établir que sur le partage, le partage sous toutes ses formes : le dialogue, l'échange, la solidarité, le don de soi. Il n'y a pas de confiance dans un couple s'il n'y a pas de dialogue, il n'y a pas de vie familiale ou communautaire possible sans échange, il n'y a pas de paix et de confiance entre les individus et les peuples sans partage solidaire.

L'Evangile de ce dimanche d'été nous présente une fois encore Jésus comme un formidable pédagogue pour l'humanité en nous entraînant avec ses disciples à vivre un impressionnant moment de partage avec une foule qui a faim, faim de pain et faim de sa Parole. Ce jour-là, Jésus nous confie la clé du chemin qui conduit à la confiance.

Cet épisode du partage du pain dans le désert pour nourrir des foules qui ont faim est bien, lui aussi, une parabole en acte dont Jésus a le secret. Cela se passe au désert et le soir, un lieu et une heure à eux seuls hautement symboliques des manques essentiels qui peuvent surgir dans nos vies d'hommes. Le désert, c'est le lieu où l'homme est confronté à ses propres limites. Le soir, c'est l'heure où les angoisses remontent.

Et Jésus de déstabiliser ses interlocuteurs : "Donnez-leur vous-mêmes à manger !" Et nous voilà, comme les disciples du Christ, mis au pied du mur : nourrir une telle foule dans un endroit si désert, à une heure pareille ! Comment ne pas se trouver complètement démunis au cœur de notre humanité ! Les conditions de vie, les drames, la violence, l'injustice structurelle, la misère sont insoutenables pour des millions d'êtres humains. La faim de justice, de dignité et de sécurité est immense partout dans le monde. Alors quand on n'a que cinq pains et deux poissons… qu'est-ce que cela pour tant de monde ! La tâche est décidément surhumaine ! Oui, que pouvons-nous faire ?

La seule réponse, Jésus l'improvise avec ses disciples en leur proposant le seul geste qui sauve l'homme et l'humanité, tout à la fois le drame des pauvres et la déprime des riches : le partage. "Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ?" disait déjà Isaïe. Des paroles que notre société d'abondance et de gaspillage éhonté devrait méditer.

Oui, la parabole en acte que Jésus met en scène ce soir-là dans le désert en les invitant à aller eux-mêmes partager le peu qu'ils ont avec les foules affamées a une portée universelle insoupçonnée que toutes les générations – la nôtre avec une urgence évidente – doivent traduire dans des gestes concrets.

Cette parabole du partage est le fondement de la confiance universelle et en même temps la toile de fond de chacune de nos eucharisties.

Le vrai miracle de l'eucharistie, c'est quand elle sauve d'un égoïsme aveugle, de nos replis sur nous-mêmes et nous fait progresser au chemin du partage, du dialogue, de la solidarité qui trace devant nous un chemin de confiance. Pour reprendre la belle expression de frère Roger : le Christ nous propose de vivre notre vie de croyant comme "un pèlerinage de confiance" pour toute l'humanité.

 

Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin