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Homélie du dimanche 30 décembre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre de Ben Sirac le Sage (3,2-6.12-14)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens (3,12-21)
Evangile : selon saint Matthieu (2,13-15.19-23)

Aujourd’hui, à l’occasion de cette fête de la Sainte Famille, j’ai envie de vous poser à vous, qui êtes mariés -ou que vous l’avez été-, une question simple, mais fondamentale : qu’est-ce que vous me répondriez, vous les hommes, si je vous demandais ce qu’elle a aimé le plus votre femme chez vous, quand vous étiez fiancés ? Et vous les femmes, qu’est-ce qu’il a trouvé, votre mari, de si extraordinaire en vous pour vous choisir vous, et non pas une autre femme ?

Si je vous pose cette question, c’est parce que je reste de plus en plus perplexe, en constatant que les personnes mariées à qui je pose cette question, ne savent souvent pas me répondre. Et après, on s’étonne des problèmes de plus en plus sérieux de communication dans le couple ou du nombre croissant des divorces. Mais comment voulez-vous qu’une relation tienne dans le temps si je ne sais pas sur quoi elle repose et de quoi elle a besoin pour se nourrir et pour se fortifier ?!

Je vous porte un exemple : une fois, un ami m’a dit que ce qu’il avait aimé le plus chez sa femme, quand il l’avait connue, c’était qu’elle était intelligente, cultivé, intéressante… Il pouvait parler de tout avec elle, pendant des heures, sans jamais s’ennuyer. Une fois mariés, elle s’est concentrée sur la maison, sur les enfants, sur la cuisine, sur le ménage, sur le repassage…, et petit à petit elle a commencé à se négliger. Elle ne lisait plus, elle avait très peu de contacts avec l’extérieur, elle ne prenait plus de temps pour elle. Elle ne vivait que pour son mari et pour ses enfants. Elle s’était totalement oubliée.

On pourrait croire que c’est une très belle forme d’amour de s’oublier pour les autres, mais en réalité, les autres, je ne peux les aimer que par ma spécificité, en restant fondamentalement moi-même. Sinon, mon amour risque de devenir… ‘‘inodore et incolore’’.

Cette personne, avant d’être ‘‘épouse’’ et ‘‘mère’’, était tout d’abord ‘‘femme’’ ! Son mari l’avait choisi elle, avec son identité bien spécifique. N’importe quelle femme de ménage pouvait la remplacer dans le soin de la maison, dans la cuisine, dans le repassage… mais personne ne pouvait la remplacer pour ce qu’elle était aux yeux de son mari.

Si je vous dis cela, le jour dela Sainte Famille, c’est parce qu’il n’y a pas de famille sans couple, et il  n’y a pas de couple sans un homme et une femme qui se ‘‘choisissent’’ parmi tant d’autres hommes et femmes. Alors, c’est vital de savoir ce que mon mari ou ma femme a aimé particulièrement chez moi, au point d’envisager de passer toute sa vie avec moi. Pourquoi ? Pour pouvoir le nourrir, le cultiver et lui donner une place toute particulière, tant dans ma vie personnelle que conjugale.

Tout un temps, dans l’Eglise, on a parlé du devoir conjugal en réduisant presque ce dernier à la sphère de l’intimité sexuelle. Mais le premier devoir, dans le couple, ce n’est pas d’offrir son corps, son enveloppe, à l’autre ; le premier devoir, lié au sacrement du mariage, c’est d’offrir à l’autre tout ce que je suis au plus profond de moi-même, tout ce qui me caractérise et qui me rend unique à ses yeux. On pourrait presque plutôt parler d’un devoir de… séduction, où par ‘‘séduction’’, j’entend le devoir de continuer à donner à l’autre, même une fois mariés, l’envie de m’aimer.

Demandons-nous alors aujourd’hui, où est-ce que nous en sommes dans ce devoir de séduction vis-à-vis de notre conjoint. Est-ce que j’ai pris, cette semaine, le temps de m’aimer, assez pour me rendre ‘‘aimable’’ à ses yeux ? Qu’est-ce que je fais, au quotidien, pour devenir de plus en plus cet homme ou cette femme qu’il a choisi il y a 5, 10, 30, …50 ans ?

Et cela non pas dans une nostalgie du passé, mais dans une logique d’évolution. Changer oui, c’est inévitable, mais tout en restant profondément soi-même. Le papillon est très différent de la chrysalide, par exemple, mais aimer la chrysalide ce n’est pas vouloir qu’elle reste une chrysalide. Aimer la chrysalide c’est mettre tout en oeuvre pour qu’elle devienne ce pourquoi elle est faite : un papillon !

C’est important de veiller à ça. Sinon, on risque facilement de tomber dans le sentiment que l’autre nous a menti, qu’il nous a trahi, quelque part. Le sentiment de trahison, en effet, n’est pas tout d’abord une question de sexualité. On peut se sentir aussi bien trahi dans son couple lorsqu’on épouse une chrysalide qui choisi de rester chrysalide ou qu’on épouse un ver de terre qui s’était fait passer pour une chrysalide. A ce moment là, le sentiment de trahison peut nous rendre la vie dans le couple et en famille… invivable.

Qu’est-ce que ma femme ou mon mari ont aimé le plus chez moi, alors, pour choisir de s’engager avec moi ?

Osons nous poser cette question et osons la poser à notre conjoint. Et cela non pas dans une volonté de nous réduire à cette dimension de notre être. Mais dans une volonté que cette dimension de nous, que l’autre aime particulièrement, soit une perche, une sorte de clé, pour lui donner envie de découvrir tout ce qu’il se trouve derrière cette porte.

Sinon, on risque de se retrouver très rapidement à vivre avec un inconnu à côté de nous. Je suis toujours impressionné de voir, dans les restaurants, des couples qui, à la retraite, les enfants étant partis faire leur vie, se retrouvent à manger l’un en face de l’autre, en silence, sans plus savoir quoi se dire. Combien d’autres me disent que quand les enfants partent dans les camps l’été, se retrouvent finalement seuls et plutôt que d’en profiter pour apprendre à se connaître davantage, de quoi parlent-ils ? Des enfants ! On a presque peur de se retrouver à deux, en tête à tête. On a peur de réaliser qu’on est marié à un inconnu, à un étranger.

Excusez-moi si aujourd’hui, à l’occasion de cette fête de la Sainte Famille, plutôt qu’une homélie je vous ai présenté ce cri que je porte en moi. Désolé, mais je suis fâché. D’une part je contemple le rêve que Dieu a sur le mariage, sur la famille, comme lieu de communion et d’épanouissement, et de l’autre je constate ce que nous faisons de ce rêve, en le réduisant à notre taille humaine, et encore… ! Et nous nous cachons derrière le travail ou les enfants pour pouvoir survivre.

Arrêtons de nous mentir à nous-mêmes. Ce n’est pas trop tard pour dépoussiérer nos albums de mariage et pour redire ce oui qui nous a fait rêver, qui nous a fait voler, et qui nous a fait même pleurer. Que cette fête de la Sainte Famille soit l’occasion pour nous de dépoussiérer ce oui, ce rêve qui nous a habité, et de lui donner une nouvelle jeunesse.

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin