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Homélie du 23 décembre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre d'Isaïe (7,10-16)
2ème lecture : commencement de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains (1,1-7)
Evangile : selon saint Matthieu (1,18-24)

 “Joseph, époux de Marie, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement; il décida de la répudier en secret” Mt.1,19

Matthieu nous dit de Joseph qu’il était un homme juste. Mais alors pourquoi veut-il répudier Marie ? On ne comprend pas. Qu’est-ce qui l’empêcherait d’accueillir chez lui Marie et le bébé qu’elle porte en elle, si ce bébé est le fruit de l’Esprit Saint… ? Peut-être qu’il ne la croyait pas ? Peut-être qu’il avait quand même des doutes sur l’enfant ? Et pourtant, il était un homme juste et Marie une fille que le péché n’avait jamais effleuré. En plus, dans la conscience de tout le peuple, c’était bien plus qu’un souhait le fait qu’une jeune fille d’Israël mettrait un jour au monde le messie ; c’était une certitude. Tout le monde s’attendait à ça. Alors pourquoi, malgré tout, Joseph veut-il répudier Marie ?

Tout simplement parce que Marie, peut-être, ne lui a pas dit que l’enfant qu’elle attendait était le fils… de Dieu !

C’est fou, mais moi je crois qu’il est possible que Marie, dans un premier temps, n’ait rien dit à Joseph de sa rencontre avec l’ange. Pourquoi ? Pour permettre à Joseph de descendre au plus profond de lui-même et de vivre lui aussi, comme elle, cette rencontre personnelle avec Dieu. Marie aurait pu lui donner une réponse qui ne laissait pas le choix à Joseph : « C’est le fils de Dieu. Voilà, c’est comme ça. C’est tout ». Mais elle a voulu le laisser sur une question, implicite : « Et si c’était le fils de Dieu, le messie attendu ? », une question qui obligeait Joseph à chercher le dialogue avec Dieu et à prendre lui-même position devant lui. Marie, en effet, avait déjà pu dire son oui à Dieu ; et ce oui, était écrit dans le ciel et gravé dans son coeur,  à tout jamais. Mais ce qu’elle ne voulait pas, c’était dire oui à la place de Joseph ; lui imposer, ce oui. Sûrement était-elle convaincue que Joseph lui aurait fait confiance, et qu’il l’aurait cru sur parole ; mais elle voulait probablement que lui aussi, puisse offrir son oui, non pas à elle, mais directement à Dieu.

Et Marie, à partir de ce moment-là, se tait.

Dans ce silence, Marie est en train d’aimer profondément Joseph. Des deux, c’est peut-être elle qui, en infligeant ce doute à Joseph, est en train de souffrir le plus. Elle le voit torturé par mille questions, et elle sait qu’elle pourrait arrêter tout cela. Mais elle choisit de ne pas le faire. Elle choisit de ne pas s’interposer entre lui et Dieu. Elle a respecté les temps de Dieu. Et par son silence, elle a respecté Dieu dans son silence.

Au fond, Marie par là, a respecté la pédagogie que Dieu était en train d’utiliser avec Joseph. Même si le prix à payer était très lourd, tant pour Joseph que pour elle. Marie sait très bien, en effet, que son bébé est d’abord le fils de Dieu. Et elle se rend compte que comme Dieu a préparée lui-même Marie à être la mère de son fils, de la même manière Dieu a besoin de préparer lui-même Joseph à être le père qu’il a choisi pour son enfant. Et voilà qu’elle s’efface pour laisser toute la place à Dieu.

Si Marie se tait c’est uniquement pour laisser la parole à Dieu !

Alors nous comprenons, que si le oui prononcé par Marie devant Dieu est la plus belle parole d’amour qu’elle a pu offrir à Dieu, son silence devant Joseph, c’est la plus belle ‘‘parole’’ d’amour qu’elle a pu offrir à son époux.

Marie comprend qu’il y a dans la vie, des moments plus favorables pour parler aux hommes, de Dieu ; il y a aussi des moments où il ne reste qu’à parler à Dieu, des hommes. Joseph, là, est fermé. Il est dans une logique humaine ; il s’écoute lui-même et il veut répudier Marie. C’est maintenant à Dieu de faire taire tous ces bruits intérieurs que Joseph porte en lui. C’est pourquoi Matthieu nous dit, que c’est dans le silence de la nuit que Dieu parlera à Joseph. Et c’est Marie qui introduit Joseph dans cette ‘‘nuit’’.

C’est au coeur de la nuit de Joseph, où la parole de Marie s’était faite… silence, que le silence de Marie se fait maintenant… prière !

Aujourd’hui, devant ce Dieu qui dans quelques heures s’incarnera dans la fragilité de ce bébé, dans le silence d’une mangeoire ; aujourd’hui, devant ce monde qui dans quelques mois clouera cet enfant sur le bois d’une violence collective inouïe ; aujourd’hui, devant le spectacle de l’injustice humaine, devant tant de croix qui nous révoltent, devant ma solitude, devant la maladie, devant la souffrance de mes enfants, devant mes échecs affectifs, professionnels, devant une société qui prend de plus en plus les distances dès valeurs sur lesquelles j’ai voulu construire ma vie et celle de ma famille…, devant tout ça, nous avons le choix entre nous fermer dans un ‘‘mutisme’’ sourd, en nous noyant dans tant de penses noires et bruyantes qui nous étourdissent, ou nous pouvons nous ouvrir sur un ‘‘silence’’, qui sait se faire prière, parole d’intercession.

Ce qui manque le plus à ce monde, en effet, ce ne sont pas des penseurs, des intellectuels qui nous donnent les bonnes réponses. Ce qui lui manque le plus, ce sont des priants, des hommes et des femmes qui savent se taire pour laisser la parole à Dieu.

Si Joseph a su donner le nom de Jésus à l’enfant, lui donner ainsi une identité, « Marie enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » v.21, c’est parce que Marie a su se taire et qu’elle a laissé à Joseph d’entendre directement de la bouche de Dieu ce prénom. Le jour où nous aussi, nous saurons faire de plus en plus ‘‘silence’’ dans nos couples, dans nos familles, autour de nous, …à l’intérieur de nous, c’est-à-dire savoir quitter notre mutisme sans pour autant se perdre dans le bruit confus des paroles, alors peut-être qu’on saura entendre Dieu qui nous parle. Et que doit-il nous dire, Dieu, de si important ? Il doit nous révéler des prénoms. Comme Adam dans le paradis, qui donnait un nom à la création, nous aussi, nous devons ‘‘nommer’’ tout ce qui nous entoure, c’est-à-dire donner du ‘‘sens’’ à ce que nous sommes, à ce que nous faisons.

Alors Noël, avant d’être la fête en famille, la grande bouffe avec les parents ou le rite de la messe de minuit, c’est tout d’abord accueillir en nous la ‘‘vie’’, comme Marie, et être porteurs de ‘‘sens’’, comme Joseph. Notre monde a besoin tant de Maries que de Josephs.

Alors, quelle est la meilleure manière de vivre ce Noël ? Accueillir la vie, dans toutes ses formes, la respecter, la défendre, et lui donner du sens. C’est seulement à ce moment là qu’on pourra goûter cette communion intime avec Dieu, dans la personne de l’Emmanuel, le ‘‘Dieu avec nous’’ ! C’est seulement à ce moment là qu’on pourra faire véritablement Noël.

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin