Grande récolte de dictionnaires français et anglais
et de manuels de sciences, physique, chimie, biologie, menuiserie et électricité.

À déposer à la librairie du CDD, rue de Bastogne 46 (Arlon)

Ils seront redistribués aux élèves de Lokolama (Congo).

Merci pour eux !

Homélie du 16 décembre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre d'Isaïe (35,1-6a.10)
2ème lecture : de la lettre de saint Jacques (5,7-10)
Evangile : selon saint Matthieu (11,2-11)

« Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui qui ne se scandalise pas de moi » Mt.11,3

Pourquoi Jésus s’adresse t-il aux disciples de Jean en terminant (d’après la traduction grecque) par : « Heureux celui qui ne se scandalise pas de moi » ? Qui a-t-il  de scandaleux à rendre la vue aux aveugles, de rendre la mobilité aux boiteux, de guérir les lépreux, les sourds, de ressusciter les morts ou d’annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres ? Qui a-t-il de si ‘‘scandaleux’’ en tout ça ?!

Rien…, sauf pour quelqu’un comme Jean-Baptiste, qui connaît très bien ce que le prophète Isaïe a annoncé, à propos du messie. Lui, mieux que n’importe qui d’autre, sait très bien par exemple, qu’il manque un détail essentiel à toute cette liste de ‘‘miracles’’. En effet, d’après Isaïe, une des caractéristiques fondamentales du messie sera de libérer les prisonniers : « L’esprit du Seigneur est sur moi, car il m’a donné l’onction ; il m’a envoyé porter la nouvelle aux pauvres, penser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance (…) » Is. 61,1 ! Alors pourquoi Jésus dit et fait des choses magnifiques, celles qu’on attend d’un messie, mais… lui, il ne l’a pas encore libéré de sa prison ?! Qu’est-ce qu’il attend ?

Comprenez-vous que la question de Jean-Baptiste n’est pas si naïve que ça ? Jean-Baptiste n’est pas un philosophe ; sa question naît dans l’humidité et la solitude de son cachot, là où Erode l’avait renfermé injustement. Et derrière cette question, il y a tout le drame d’un homme qui a consacré sa vie à préparer la venue du messie et qui a cru reconnaître ce messie dans la personne de Jésus. Mais si Jésus n’est pas le messie, parce qu’il ne sait pas le libérer d’une bête prison, alors il a perdu son temps, il a gâché sa vie et il a échoué dans sa mission.

Cette question : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » est très sérieuse par ses enjeux. Comme l’est d’ailleurs aussi la réponse de Jésus. Et ce n’est pas un hasard si dans un premier temps, Jésus a montré aux disciples de Jean qu’il répondait à toutes les caractéristiques du messie attendu. Et c’est seulement après, là où on s’attendait qu’il dise, en relisant Isaïe dans une continuité logique, qu’il vient libérer les prisonniers, il remplace cette dernière partie par : « Heureux celui qui ne se scandalise pas de moi ». Les disciples de Jean n’ont sûrement pas relevé la nuance, mais Jean était à même de le faire ; et Jésus le savait. C’est à ce moment-là, que Jean comprend que le messianisme de Jésus se place sur un plan différent de celui de l’engagement social ; si Jésus ne le libère pas, tout en étant le messie, c’est parce que peut-être, ce sont d’autres types de prisons qu’il doit venir ouvrir. Et si ce sont d’autres prisons qu’il doit ouvrir, c’est peut-être alors d’autres yeux, d’autres jambes, d’autres lèpres, d’autres surdités qu’il doit aussi guérir…

Même Jean quelque part, doit vivre la même conversion qu’il a prêché aux autres. Lui aussi, doit passer de l’attente d’un messie ‘‘guérisseur’’ - sur un plan plutôt horizontal- à celle d’un messie ‘‘sauveur’’- sur un plan plutôt vertical cette fois-ci. Une chose est en effet de se savoir guéri, et autre chose est de se savoir sauvé. Nous l’avons déjà vu dans le cas des 10 lépreux, il y a quelques semaines ; on peut très bien être guéri extérieurement, sans pour cela être sauvé intimement. Alors la question centrale que nous devons nous poser aujourd’hui, comme au cours de chaque temps d’Avent, c’est de savoir de quel type de prison intérieure le Seigneur doit venir me libérer, doit venir me… sauver, ce Noël.

Et depuis que je suis aumônier de prison je me rend compte de mieux en mieux de ce qu’est la liberté. Nous sommes libres, lorsque nous avons le choix. Et quand je parle de choix, je ne pense pas ici au choix du modèle de voiture que je veux acheter, ou au choix de comment passer la soirée, ou au choix de savoir ce que je veux manger ce midi. Tous ces choix, les prisonniers que je côtoie ne les ont pas, mais ce n’est pas pour cela que je n’ai pas rencontré de prisonniers qui étaient profondément libres, même dans leur cellule. La vraie liberté, en effet, c’est toujours le choix entre grandir en humanité ou régresser. Nous pouvons être en prison, enfermé en isolement 22h sur 24h, et porter dans son cœur et dans sa prière des centaines de personnes, comme on peut être de l’autre coté des barreaux et ne vivre que pour soi-même, dans une forme d’autisme spirituel ahurissant. Quelle est la prison la plus dure à porter alors, selon vous ?

Jésus connaît très bien nos myopies, nos paralysies, nos lèpres, nos pauvretés… Il sait très bien que les handicaps qui font le plus mal, ce sont souvent ceux qu’on ne voit pas, ou qu’on ne voit plus. Mais pour nous guérir de nos autismes, il faut d’abord croire que c’est vraiment ça qui nous fait souffrir et qui pollue notre relation avec les autres. Parce que c’est ça que le Seigneur veut nous offrir ce Noël. Mais peut-être que ce qu’on espérait de lui était autre chose ; peut-être que c’était autre chose qu’on attendait de la vie. Peut-être que c’est d’autre chose qu’on voulait être libérés, guéris.

« Heureux celui qui ne se scandalise pas de moi » veut dire pour nous, ce dimanche : heureux celui qui ne se scandalise pas de mon messianisme déroutant. Ce n’est pas d’abord le corps que je veux guérir, remplir et réchauffer en ces fêtes de Noël ; mais c’est le cœur que je veux venir convertir, habiter… sauver.

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin