La Fête de Sainte Faustine avec la Conférence sur la Miséricorde Divine et la Miséricorde à travers la libération

VENDREDI 5 ET SAMEDI 6 OCTOBRE 2018

CONFÉRENCE GUIDÉE PAR LE PÈRE PAUL MARIE DE MAUROY,

Père Paul Marie de Mauroyest frère de la Communauté StJean, philosophe et théologien,ayant exercé diverses responsabilités dans l'Eglise (surtout de prédication). Il est actuellement exorciste des Diocèses de Modène (Italie) et de Beauvais(France).

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Homélie du 25 novembre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du second livre de Samuel (5,1-3)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens (1,12-20)
Evangile : selon saint Luc (23,35-43)

Je voudrais vous poser une question: si nous avions pu choisir nous-mêmes l’évangile d’aujourd’hui combien d’entre nous auraient choisi celui-ci? Sincèrement, qu’est-ce qu’a à voir l’évangile de la crucifixion avec cette fête du Christ roi de l’Univers. N’auriez-vous pas plutôt choisi un autre évangile, un évangile où le Christ serait présenté dans toute sa magnificence, par exemple en train de guérir des malades, en train de chasser des démons ou encore en train de multiplier le pain et nourrir ainsi des milliers de personnes ?! Personnellement, j’aurai peut-être choisi l’évangile de la résurrection, où le Christ est présenté comme Seigneur de la vie et de la mort.

Alors pourquoi l’Eglise pour nous parler de la toute puissance de Dieu nous présente au contraire un Dieu « tout impuissant », défiguré, méprisé, cloué sur une croix ? N’est-ce pas là une contradiction ? Qu’est ce qui se cache derrière le choix de cet évangile ?

Peut-être que pour comprendre le mystère caché derrière la croix, il faut arrêter de la contempler de l’extérieur, comme l’ont fait le peuple, les chefs, les soldats et le malfaiteur. Essayons aujourd’hui de rentrer dans ce mystère, de monter nous aussi sur cette croix. Comment? Rentrant au plus profond de nous-mêmes, là où se trouve notre propre croix, parce que Jésus-Christ n’est pas monté sur n’importe quelle croix, mais il est monté sur ma croix et sur ta croix, sur la croix qui est planté là, au coeur de notre vie.

Tous en effet, reconnaissons-le, nous sommes cloués à un événement de notre histoire qui nous a humilié, qui nous a fait souffrir et qui nous a fait peut-être douter de l’amour de Dieu. Tous nous avons pensé un moment ou l’autre de notre vie : si Dieu est amour, pourquoi a-t-il permis cette injustice dans ma vie ? Où était-il dans mon adolescence quand je me suis senti rejeté par mon père, quand j’ai refusé mon physique, quand mon visage me paraissait horrible, quand je méprisais mon caractère, quand ma timidité me torturait, quand j’ai senti que mes parents préféraient ma sœur ou mon frère à moi, quand je me suis senti abandonné par tout le monde. Où étais-tu Dieu à ce moment là ? Où es-tu Dieu aujourd’hui, dans ma maladie, dans ma solitude, dans ma vieillesse, dans mes angoisses liées aux incertitudes pour mon futur ? Où est-ce que tu es ?

N’ayons pas peur de crier au Seigneur notre souffrance. Parce que Jésus-Christ connaît très bien notre histoire, les injustices que nous avons subies, les peurs que nous portons en nous. Et c’est pour porter une guérison au cœur- même de nos souffrances qu’il s’est incarné.

Le problème c’est que tous, nous avons la tentation, comme les juifs du temps de Jésus, d’attendre un messie différent. Un sauveur qui guérirait la souffrance présente dans le monde… en l’effaçant. Et cela à commencer par notre propre souffrance ! Mais Jésus-Christ n’est pas venu, avec une baguette magique, effacer les blessures de notre histoire. Jésus-Christ, par sa croix, est rentré lui-même au plus profond de nos souffrances. Et cela pour que personne ne puisse se sentir découragé, abandonné dans ce qu’il vit, dans ce qu’il ressent. Jésus-Christ est venu bien sur nous libérer, nous sauver, nous guérir. Mais non pas de la souffrance mais plutôt du péché, parce qu’il sait que ce n’est pas la souffrance en elle-même, pour terrible qu’elle soit, qui pourra blesser à mort l’homme dans sa dignité la plus profonde. La souffrance non, mais le péché, lui, oui !

Parmi nous ce matin, il y a aussi beaucoup d’hommes, beaucoup de femmes et beaucoup d’enfants qui ont souffert et qui souffrent peut-être encore aujourd’hui de l’injustice et du péché d’autres personnes. Et bien, à ces personnes-là, je voudrais dire de la part du Seigneur que ce péché, subi, fait mal, extrêmement mal, c’est vrai, et peut-être qu’il nous a sali dans notre corps, peut-être qu’il nous a blessé dans notre esprit, mais jamais cette souffrance « subie » ne pourra défigurer l’image de Dieu que nous portons au-dedans de nous. Jamais ! Cette image est marquée au fer rouge en nous, et c’est cette image qui fait la grandeur de l’homme, qui fait toute notre dignité. Cette image, c’est notre capacité de pouvoir partager avec Dieu la vocation à l’amour, au don de soi.

Mais une chose a le pouvoir de nous blesser dans notre dignité et de nous défigurer dans cette vocation à être image et ressemblance de Dieu : se fermer à l’amour et répondre au mal par le mal, à l’égoïsme par l’égoïsme, à la médisance par la médisance, à la colère par la colère, à l’avarice par l’avarice… Alors, surtout, ne permettons pas à nos blessures, à nos souffrances de nous replier sur nous-mêmes et d’éteindre en nous l’amour. Cela serait bien pire pour nous, parce que l’homme véritablement malheureux, ce n’est pas l’homme qui souffre mais celui qui n’a plus ni la force ni la volonté ni l’envie d’aimer. Et ils sont beaucoup dans notre société, plus de ce qu’on imagine, ceux qui décident de fermer à clé leur cœur et de ne plus aimer, parce que, blessés dans l’amour, ils ne veulent plus souffrir. Ils n’en peuvent plus.

Alors aujourd’hui le Christ nous dit que ce n’est pas de souffrir que nous devons avoir peur, mais plutôt de ne plus savoir aimer. C’est pour cela que Jésus-Christ est monté sur la croix, sur ce trône où nous pouvons le contempler dans toute sa royauté, dans toute sa dignité, parce que la croix ne l’a pas empêché d’aimer ses bourreaux jusqu’à l’extrême, de les aimer jusqu’au pardon. Dans l’impuissance de la croix, l’amour est l’unique chose qui lui reste, l’unique essentiel. Parce que c’est dans ce corps dépouillé, « tout impuissant », que nous pouvons plus facilement contempler un amour « tout puissant », l’amour- même de Dieu.

Si Jésus-Christ est rentré dans la souffrance, la plus totale, c’est pour nous montrer que nous ne sommes plus obligés de passer notre vie à fuir la souffrance par tous les moyens. Notre croix n’est plus ce lieu vide, qui nous effraye, mais maintenant, elle est habitée par une présence aimante, la sienne. Et c’est Jésus-Christ, qui présent sur cette croix, par le don de son Esprit Saint nous ouvre la possibilité d’aimer, et d’aimer malgré nos blessures, malgré nos souffrances, malgré le péché de ceux qui nous entourent, qui vivent à côté de nous. Ce matin, au moment de communier, recevoir le corps du Christ sur nos mains en forme de croix prendra tout son sens le plus profond. Et si dans cette eucharistie nous arrivons à dire ‘‘amen’’ à la volonté de Dieu, et le dire avec tout notre cœur, alors aucune souffrance et aucune injustice subie ne pourra nous empêcher de nous épanouir dans l’amour et de goûter à un bonheur vrai et durable.

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin