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Homélie du 11 novembre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre de Michée (6,6-8)
Evangile : selon saint Matthieu (25,31-40)

Voilà exactement un siècle qu'on a posé la première pierre de cette magnifique église, et maintenant  elle se dresse, fière, dans toute sa gloire. C'est son premier siècle, et en suivront beaucoup d'autres sans doute, car le bâtiment est solide ! Et puis, on trouvera toujours des entrepreneurs, des maçons, des gens qui nettoient l'église, qui entretiennent, qui rénovent, qui restaurent… L'église – bâtiment va rester encore longtemps ! Mais là n'est pas le problème ! Car il y a l'Eglise des pierres vivantes ! C'est-à-dire nous, vous et moi. Et est-ce que cette Eglise, l'Eglise des pierres vivantes, celle-là, restera debout ? Oui, si nous avons aussi pour l'Eglise vivante de bons piliers.

Il y en a trois, et tous les trois sont visibles ici dans cette église.

Le premier pilier qui soutient le peuple de Dieu, c'est le livre de l'Evangile. L'Eglise en lit chaque semaine un tout petit peu, quelques phrases, comme une bonne mère de famille qui ne donne jamais un pain tout entier à manger à ses enfants, mais une tranche. Et chaque dimanche nous pouvons prendre avec nous cette tranche de pain, du pain de la Parole, pour toute la semaine, et en choisir quelque part l'une ou l'autre parole de l'Evangile ou de la première lecture de la liturgie du dimanche. Quelques mots choisis aujourd'hui.

J'en choisis deux qui sont tous les deux des surprises que nous aurons quand nous nous présenterons devant le Christ à la fin des temps.

Dans la première lecture, il est dit que ce qui est important quand nous venons dans le Temple de Dieu, ce n'est pas la quantité de ce que nous donnons – les sacrifices dans l'Ancien Testament – la quantité ne vaut rien, car le prophète Michée dit : Qu'est-ce que le Seigneur veut de toi, son serviteur qui entre dans le Temple ? Ecoute : que tu pratiques la justice, que tu pratiques en plus la miséricorde, et surtout que tu les loges dans l'humilité de ton cœur, car il n'est pas de miséricorde sans justice, et il n'y a pas de justice non plus sans miséricorde ! Et ce qui est important, ce n'est pas tellement la quantité de ce que nous offrons au Seigneur, c'est le cœur. Le Seigneur regarde beaucoup plus notre cœur que ce que nous offrons dans nos mains. C'est cela qu'il faut retenir cette semaine. Ce n'est pas tellement la quantité de ce que nous donnons, c'est le cœur !... La justice, la miséricorde et l'humilité. Dans l'humilité, oubliez le plus vite possible ce que vous avez donné !

Mais dans l'Evangile, il y a encore une autre surprise : Jésus dit : "Tout ce que vous avez fait au moindre de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait !" J'attendrais plutôt qu'il dise : tout ce que vous avez fait à l'un de ces petits, c'est comme si c'était à moi… Non, il ne dit pas cela ! Il dit : c'est véritablement à moi que vous l'avez fait. Car beaucoup de gens pratiquent la philanthropie dans notre monde, il y a toutes sortes d'actions – il y a 11.11.11 – mais quelle est la différence avec la charité chrétienne ? C'est que lorsque nous donnons quelque chose, nous ne faisons pas que de la philanthropie, nous ne nous contentons pas de regarder dans le visage de notre prochain dans le besoin, nous regardons le Christ, et c'est pour Lui que nous l'offrons. Ca veut donc dire que tout geste chrétien de charité n'est pas seulement horizontal – faire du bien à notre prochain – il est en même temps vertical. Tout acte, toute aumône est un culte, et pas uniquement une charité, une philanthropie. C'est Dieu le premier qui jouit de nos dons. "Tout ce que vous avez fait à chacun de ces petits, c'est à moi que vous l'avez fait." Ca c'est le premier pilier pour cette semaine.

Il y en a un deuxième, visible aussi dans cette église, c'est l'autel, où tout à l'heure, nous allons prendre du pain et du vin et nous allons dire : ceci est mon corps et ceci est mon sang versé pour vous. C'est vraiment le corps de Jésus et son sang, et ce n'est pas "quelque chose comme", ce n'est pas un signe, ce n'est pas un symbole, c'est le corps vrai de Jésus-Christ.

Vous allez me dire : pas facile à croire ! C'était peut-être beaucoup plus facile à croire pour les apôtres au temps de Jésus, parce qu'ils ne connaissaient pas la chimie. Et si nous regardons au microscope le pain d'avant la consécration, c'est exactement le même pain ! Est-ce que c'était si facile pour les apôtres de croire en la réalité de la présence de Jésus ? Pas du tout ! Et les juifs qui entendaient la prédication de Jésus disaient : "Non, ça c'est trop ! Nous partons"… Et ils sont partis ! Jésus aurait pu tous les retenir près de lui, comme disciples, en leur disant simplement : "Quand je dis : mangez mon corps et buvez mon sang ; c'est une image !" S'il avait dit cela, ils seraient tous restés… mais Jésus renchérit et disait : "Tous ceux qui mangent mon corps, le mangent"… Ils sont tous partis !... Et les apôtres ? Jésus leur dit : et vous ? Les apôtres ne disaient pas : Non Seigneur, nous, on a la foi !... Que disait saint Pierre ? Seigneur, nous avons envie de partir… mais, à qui irions-nous ? C'est toi qui a les paroles de la vie éternelle ! Et puis, vous voyez ça d'ici, apparaître de nouveau au bord du lac de Galilée et reprendre la pêche… Qu'est-ce que les gens vont dire !... Nous ne comprenons pas, mais nous restons près de toi ! Sans comprendre ….

Mais vous allez peut-être me demander : comment puis-je savoir que je crois vraiment dans la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie ?  A quoi puis-je le savoir ? Pas difficile du tout de le vérifier. Lorsque vous venez à la Communion, et que vous recevez le corps du Christ dans votre main, est-ce que vous lui dites quelque chose, ou pas ? Si vous ne dîtes rien, c'est un objet ! Si vous dîtes quelque chose dans la prière, action de grâce, de demande même, c'est une personne… Lorsque le facteur passe le matin chez vous, et met dans la boîte aux lettres une lettre, et que vous êtes quelque part dans la maison et que vous l'entendez, mais vous ne dîtes rien, c'est un objet qui tombe dans votre boîte aux lettres. Lorsque le facteur sonne, pour un recommandé par exemple, vous allez dire au moins : merci facteur ! Sans doute encore plus !... A une personne, on parle ; à un objet, on ne parle pas !.... Ici, c'est facile à vérifier si vous priez… Si vous priez, vous croyez.

Et il y a un troisième pilier, ici aussi, dans cette église : c'est vous ! C'est le peuple de Dieu ! Car vous êtes le troisième pilier de l'Eglise vivante !

Et que faire ? D'abord découvrir chacun et chacune d'entre vous le propre don que vous avez reçu de naissance et lors de votre baptême. Regardez le don que vous avez reçu… Il y a des gens qui chantent, il y a des gens qui nettoient l'église, il y a la fabrique d'église, il y a des lecteurs, des acolytes, des catéchistes… il y a toute une multitude de dons. Mais vous allez peut-être me dire, moi je ne suis rien de tout cela, ni lecteur, ni acolyte, ni chanteur… je ne suis que simple père ou mère de famille… Ce n'est pas un don, il y en a des milliards ! Vous n'êtes pas des milliards ! … Ce n'est que vous qui avez aimé cette femme comme épouse ou ce mari, cet enfant qui est absolument unique, et il est important à notre époque le don du père et de la mère de famille. Utilisez-le ! Mettez-le en pratique !

Et il y a une deuxième chose : les différents dons dans l'Eglise sont différents ! Et déjà saint Paul, quand il écrivait sa lettre à ses paroissiens de Corinthe, avait entendu que certains Corinthiens disaient : oh lui, il peut faire ça et moi, je ne peux pas. Moi, on ne me demande pas et on ne m'a jamais demandé… Et il y avait dans la communauté un peu de jalousie. On se comparait… Et il disait : pourquoi vous vous comparez ? Pourquoi avoir envie de faire ce que l'autre fait ? Regardez votre corps. Est-ce que l'œil dit jamais : je ne veux plus regarder, je veux entendre… Et l'oreille ne dit jamais : je ne veux plus entendre, je veux parler ! … Et votre cœur ne dit jamais : je ne veux plus battre, je veux respirer comme les poumons… Tous ces organes que nous avons dans notre corps sont autonomes et tous en relation avec l'autre. Si quelqu'un entrait ici derrière moi, j'entendrais d'abord et mes oreilles me diraient : il y a quelqu'un ! Puis, mes oreilles commanderaient à mes muscles de me tourner et alors on demanderait à mes yeux de regarder. C'est ça dans nos communautés chrétiennes : que l'œil, l'oreille, les jambes, les muscles, la bouche, les lèvres… restent eux-mêmes et ne soient jamais jaloux l'un de l'autre, et collaborent.

Si nous avons dans l'avenir ces trois piliers : l'Eucharistie, la Parole de Dieu et vous, il y aura encore un centenaire, le deuxième. Ce ne sera pas avec nous, sauf s'il y avait dans l'assemblée un petit bébé qui vient de naître et qui deviendra centenaire… C'est ça que je vous souhaite pour cette belle fête : respectez les piliers et soyez vous-même le troisième pilier, le peuple de Dieu.

Cardinal Godfried DANNEELS –

                                               Archevêque de Malines-Bruxelles et Primat de Belgique