Fête nationale du 21 juillet

Célébration interconfessionnelle à 10h à St-Martin

Homélie du 4 novembre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre de la Sagesse (11,23-12,2)
2ème lecture : de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1,11-2,2)
Evangile : selon saint Luc (19,1-10)

Il y a quelque chose d'interpellant dans cette scène d'Evangile où un personnage peu intéressant devient tout à coup terriblement sympathique ! En effet, au premier abord, Zachée n'a rien pour plaire : il est petit physiquement et moralement. Collecteur d'impôts c'est-à-dire "collabo" des romains envahisseurs, il est même le chef des collecteurs d'impôts, autrement dit le truand des truands ! Et sa vie va basculer en un instant, tout simplement parce que son regard va croiser celui de Jésus ! On dit : Voir Naples et puis mourir ! Ici, disons plutôt : Voir Jésus et puis revivre !

Dès qu'il apprend par le téléphone arabe que Jésus va passer par Jéricho, Zachée, plantant là ses dossiers et son tiroir-caisse, bondit dans la rue ! Par curiosité ? Dans l'espoir de voir une guérison ? Je crois plutôt que ce prophète de Nazareth qui – dit-on – pardonne aux pécheurs de la part de Dieu l'attire irrésistiblement. "Il voulait voir absolument Jésus" dit l'Evangile.

Comme il  est petit et qu'il craint aussi la foule qui ne l'aime pas, il grimpe en vitesse sur un sycomore et de son observatoire improvisé, il VOIT Jésus. Leurs regards se croisent. Jésus lit dans le regard de Zachée : "Seigneur, ne me juge pas ! Tu sais que l'or que je possède me brûle parfois les doigts ! Si tu savais comme j'aimerais t'inviter, te parler mais je ne suis pas digne que tu descendes chez moi." Et Jésus s'invite, choquant le "religieux correct" de son époque !

Frères et sœurs, nous ne sommes pas Zachée de Jéricho ! Nous ne sommes sans doute pas des voleurs et des collabos… mais, osons nous l'avouer, dans nos vies d'hommes et de femmes de notre époque, tout à la fois acteurs et victimes de cette société de consommation qui occulte si facilement le sens de l'essentiel et le sens de Dieu, sommes-nous prêts à laisser le regard du Christ croiser le nôtre, nous laisser regarder par lui en vérité, quelles que soient les conséquences de ce regard divin ?

Il y a dans nos vies à chacun des moments inattendus – comme la mort d'un être aimé ou la découverte d'une maladie ou d'un échec grave – où nos vies peuvent être radicalement remises en question. Ces moments de grâce, on ne les choisit pas souvent. Il suffit d'un regard…

Jésus, on ne peut le rencontrer sans courir le risque d'être bousculé. Zachée en a su quelque chose. On peut l'imaginer : bondir chez lui de joie, sortir son argenterie, préparer un repas de fête… Mais au fur et à mesure qu'il faisait à Jésus l'honneur de lui présenter sa maison, sa commode Empire, ses Picasso accrochés au mur, sa piscine chauffée… il percevait que toutes ses richesses avaient été acquises malhonnêtement. Il est d'autant plus bouleversé que Jésus ne lui fait pas de reproche : ainsi, cet homme de Dieu ne le vomissait pas, il lui faisait confiance et le savait capable du meilleur. Alors Zachée décide de se convertir, de se repentir… et le pécheur se donne lui-même une pénitence très lourde : à ceux que j'ai volé, je rendrai quatre fois plus !

Voir Jésus, c'est – j'espère – notre désir en venant ici ce matin (ou ce soir)… mais, c'est peut-être aussi notre peur ! S'il venait tout à coup nous sortir de notre médiocrité et notre superficialité, et déranger le bel agencement du salon de notre cœur ? S'il venait nous convaincre que Dieu a d'autres rêves pour nous ?

Je termine en m'adressant à vous, chères familles et chers amis qui avez perdu un être cher ces derniers mois et qui nous avez rejoints aujourd'hui pour que nous portions votre peine avec vous dans une prière fraternelle : ce moment d'épreuve que vous avez traversé, vous pouvez peut-être aussi le lire comme un intense échange de regards avec le Christ qui nous redit à chacun que la vie présente, c'est quelque chose de sérieux et de précieux, puisqu'elle est le commencement de l'éternité. L'amour seul est plus fort que la mort ! Dieu a un rêve infini sur chacun d'entre nous ! Nous aimer éternellement !

Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin