Grande récolte de dictionnaires français et anglais
et de manuels de sciences, physique, chimie, biologie, menuiserie et électricité.

À déposer à la librairie du CDD, rue de Bastogne 46 (Arlon)

Ils seront redistribués aux élèves de Lokolama (Congo).

Merci pour eux !

Homélie de la Toussaint 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : de l'Apocalypse de saint Jean (7,2-4.9-14)
2ème lecture : de la première lettre de saint Jean (3,1-3)
Evangile : selon saint Matthieu (5,1-12a)

« J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes àla main. Et ils proclamaient d’une voix forte : ‘‘Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau !’’ » Ap.7, 9-10

Voilà la première image par laquelle s’ouvre à nous cette solennité de la Toussaint. Cette foule de saints, debout, les vêtements blancs et les palmes à la main, sont là pour nous témoigner que le Ciel existe vraiment et qu’il est ouvert, pour nous accueillir, tous.

Mais même si ce matin on est là présents, peut-être qu’au fond de nous on se sent loin de ce Ciel. Peut-être très loin. On voudrait le contempler, le goûter, nous en réjouir. Mais les rêves durent trop peu, on le sait bien. La réalité est déjà là, à la sortie de l’église. Elle nous rattrape très vite. Et on se réveille à nouveau les fesses bien collées par terre, dans la poussière du quotidien, les points serrés, pour éventuellement se défendre, et le regard souvent fixé dans le vide, sans vraiment un but qui vaillela peine. La résignation est là, aussi : la sainteté n’est pas pour nous ! Elle n’est finalement réservée qu’à une petite élite, bien restreinte. Par exemple les moines et les moniales. Eux, au fond, ils ne sont pas obligés de devoir se salir les mains avec les tentations et les compromis du monde. Mais pour nous c’est différent ! Nous, nous vivons dans ce monde et nous ne pouvons pas faire autrement. On a une famille à maintenir, à organiser, à faire avancer. La sainteté, hélas, c’est un luxe qu’on ne peut pas se payer.

Et bien, vous serez alors étonnés de savoir qu’il y a plus de chances de se sanctifier dans le couple que dans un séminaire ou dans un monastère. Et je suis très sérieux en vous disant cela. Le monastère n’a pas été conçu pour produire des saints ; le mariage oui !

Ça parait fou et pourtant c’est saint Paul, dans la lettre aux Corinthiens, et le Concile Vatican II, dans la Constitution ‘‘Lumen gentium’’, qui nous le rappellent. Le mariage en lui-même, en effet, n’est pas à proprement dire une vocation ; la vraie vocation, c’est à l’intérieur du mariage, et c’est la sanctification mutuelle des conjoints. C'est-à-dire que le mariage prend tout son sens et il trouve toute sa signification et toute sa dignité, lorsque le mari sanctifie sa femme et que la femme sanctifie son mari.

Je ne suis pas en train de vous dire, par là, bien entendu, que dans un monastère on ne devient pas saints. Mais tandis que le monastère est un lieu communautaire artificiel, où ‘‘peut’’ se donner la sainteté, le mariage est un lieu communautaire sacramentel, où normalement ‘‘doit’’ se donner cette sainteté. Et dans cette vocation à la sainteté, les époux sont aidés, bien sur, aussi par les autres sacrements et par les autres lieux de sanctification, même si non-sacramentels, comme par exemple la famille, au sens large, ou le lieu de travail, l’école, le voisinage, les groupes de prière, voir… les marchés.

J’insiste avec vous sur ce point parce que trop souvent, on imagine la sanctification comme quelque chose de personnel. Quelque chose qui concerne uniquement moi et Dieu. Il faudrait arrêter de penser la vocation à la sainteté comme à une forme d’ascèse individuelle, de… ‘‘auto-sanctification’’. Parce que je ne peux pas me sanctifier autrement qu’on sanctifiant la personne que j’ai en face de moi.

Et vous comprenez qu’ici, je ne m’adresse pas uniquement aux couples. On porte tous, inscrit en nous, une dimension conjugale, si vous voulez. Qu’on soit mariés ou pas. Tant les célibataires, que les divorcés, ou les veufs... Mais c’est vrai aussi que dans le sacrement du mariage, cette dimension conjugale trouve son plein épanouissement. Donc, même si je mets l’accent sur le mariage, que chacun d’entre nous puisse transposer cette vocation à la sainteté dans le lieu communautaire et relationnel qui est le sien.

On disait que le mariage c’est donc la vocation à se sanctifier, en sanctifiant l’autre. Mais qu’est-ce que ça veut dire, concrètement, sanctifier mon mari ou sanctifier ma femme ? C’est là que l’image de l’Apocalypse nous vient en aide. Reprenons-là, verset par verset.

Le texte nous parle de « …une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues ». Sanctifier l’autre, dans le couple, c’est alors, tout d’abord, chercher la communion avec lui, en acceptant sa différence. Mais s’il vous plaît : tout en se respectant soi-même ! La communion n’est jamais ‘‘unité à tout prix’’. Il faut arrêter de penser que c’est une forme d’amour et d’humilité vis-à-vis de mon conjoint de le laisser me blesser dans le respect que j’ai de moi-même. Comment voulez-vous aider l’autre à apprendre à se respecter lui-même, dans cette démarche de sanctification, s’il voit que nous-mêmes nous ne savons pas nous respecter ?!

Et se respecter c’est tout d’abord s’accueillir pour ce que nous sommes, à nos yeux mais surtout aux yeux de Dieu. S’accueillir avec tout ce que nous avons, nos richesses comme nos pauvretés. S’accueillir là où nous en sommes, proche ou loin de cette sainteté. En aucun cas je ne peux salir ou blesser la vérité sur moi-même ; même pas au nom, soi disant, de l’amour pour l’autre. L’amour lui-même implique que j’apprenne à respecter la personne que j’ai en face de moi, et que je lui apprenne à me respecter, pour ce que je suis, et non pas pour ce qu’il voudrait que je sois.

Pas d’amour épanouissant sans respect de la vérité intime et de la dignité profonde de chacun.

Revenons maintenant à l’Apocalypse. Le texte continue : « Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau ».

Voilà qu’on réaffirme, par là, que sanctifier l’autre, c’est l’aider à se remettre debout, dans le respect de lui-même. Nous l’avons vu à l’instant. Mais ici, nous voyons que le sanctifier, ce n’est pas seulement l’aider à se tenir debout. C’est l’aider à se tenir debout… devant Dieu !

Mais pourquoi l’interpeller dans sa foi ? Parce que ma plus grande dignité trouve toute sa valeur justement dans le regard que Dieu porte sur moi. Sinon, si ma dignité dépendait de mon propre regard sur moi-même ou du regard de mon conjoint sur moi, alors elle risquerait d’avoir souvent des hauts et des bas. Quelqu’un a écrit un jour que s’aimer, ce n’est pas se regarder dans les yeux, l’un l’autre, mais c’est regarder dans la même direction. C’est vrai. A plus forte raison, pour que l’amour pour mon conjoint devienne un amour de plus en plus sanctifiant, il doit l’aider à regarder vers… Dieu. C’est lui la raison première de sa dignité et de sa grandeur.

Reconnaissons-le : il faut beaucoup d’humilité pour accepter que ça ne soit pas à moi de donner son identité profonde à mon conjoint. Qui parmi nous, en effet, n’a jamais eu la tentation de vouloir changer l’autre, pour qu’il devienne à sa propre « image et ressemblance », plutôt qu’à l’image et ressemblance de Dieu ?! Si tous ces efforts, on les avait mis pour le confronter à cette image et à cette ressemblance, celle de Dieu, on serait, maintenant, beaucoup moins fatigués et beaucoup moins frustrés.

Et pour ce qui est du « vêtements blancs », le texte ajoute : « Ces gens ont lavés leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau ». C’est là, l’image du pardon, c’est-à-dire de cet amour… crucifiant. Comme le Christ nous a aimé prenant sur lui notre péché, nous aussi nous pouvons réconcilier l’autre avec lui-même et avec Dieu en lui offrant notre pardon.

Mais pas n’importe comment. Le Christ lui-même nous apprend comment il faut pardonner. Il a été crucifié, soit disant, parce qu’il blasphémait en se prenant pour le fils de Dieu. Et le Christ a choisi de rentrer dans sa Passion, en pardonnant à ses bourreaux. C’est vrai. Mais tout en se respectant dans sa divinité et sans jamais la cacher oula nier. Même le centurion romain reconnaîtra, dans cela, un pardon digne de Dieu : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu » Mt.27, 54

Cette croix, sur laquelle le Christ est monté gardant toute sa dignité, c’est cette « palme » dont il est question dans l’Apocalypse.

Et enfin, sanctifier mon conjoint, c’est réussir à entretenir en lui un cœur ouvert à la louange et une conscience du salut : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! » nous dit encore l’Apocalypse. Un amour qui n’a pas le goût d’absolu et l’espérance de la vie éternelle ne pourra pas défier l’épreuve de la routine et la grisaille du quotidien.

Fêter les saints, aujourd’hui, c’est alors aménager, du mieux possible, tous ces lieux de rencontre et de relation qui sont les nôtres, en rendant à chacun de ces espaces toute sa véritable vocation à la sanctification. Lanôtre comme celle des personnes en face de nous. Et dans une société qui salit et qui détourne sans cesse la signification profonde de l’amour conjugal, c’est urgent de commencer par ce lieu privilégié qui est le mariage.

Défendre le mariage, c’est garantir la survie sur terre d’un des plus beaux et des plus parlants visages de Dieu. Ne réduisons pas, alors, la sainteté à un perfectionnisme personnel. Un des plus beaux héritages que Jean Paul II a laissé à notre société, de plus en plus individualiste, ce sont tous ces couples qu’il a canonisés.

Prions donc, en cette fête de tous les saints, pour les couples et les familles qui nous entourent. A commencer par le notre, ou celui de nos enfants et de nos petits-enfants. C’est plus qu’une priorité. Il s’agit là de la survie même de notre foi en ce Dieu trinitaire, en ce Dieu qui se veut… ‘‘famille’’ !

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin