Grande récolte de dictionnaires français et anglais
et de manuels de sciences, physique, chimie, biologie, menuiserie et électricité.

À déposer à la librairie du CDD, rue de Bastogne 46 (Arlon)

Ils seront redistribués aux élèves de Lokolama (Congo).

Merci pour eux !

Homélie du 28 octobre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre de Ben Sirac le Sage (35,12-14.118)
2ème lecture : de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée (4,6-8.16-18)
Evangile : selon saint Luc (18,9-14)

« Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui ‘‘méprisaient’’ tous les autres » Lc. 18,9. Pourquoi, au début de cette parabole, Luc, a-t-il voulu mettre l’accent sur la dimension du mépris ? Il aurait pu se limiter à dire : « Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes ». On aurait tous compris aussi bien et aussi vite. Alors pourquoi insister sur le mépris ?

Avant d’aborder avec vous cette parabole, je voudrais vous demander de penser, quelques instants, à deux ou trois personnes envers lesquelles vous éprouvez du… mépris. Pensez-y vraiment. Je sais bien que je suis en train de vous demander, par là, quelque chose qui va contre toute l’éducation que vous avez reçue. On nous a toujours dit, en effet, qu’il faut accepter l’autre tel qu’il est, même s’il est différent de nous. Même s’il a la peau d’une autre couleur, même s’il pense différemment de nous, même s’il a des habitudes différentes des nôtres. On nous a dit que le racisme, avec sa force de mépris, est une monstruosité et que nous sommes tous complémentaires. Je le sais bien, et je ne dis pas le contraire. Bien sur que non. Je voudrais juste savoir à partir de quand, nous nous arrêterons enfin, de nous mentir à nous-mêmes ? Pourquoi l’idée d’être, parfois, racistes, nous est-elle si insupportable ? Reconnaissons-le : nous sommes tous, quelque part, ‘‘racistes’’ !

Cela je l’ai compris au séminaire. Un jour, mes formateurs m’ont demandé si j’étais raciste. Il faut savoir qu’au séminaire il y avait deux rwandais. J’ai répondu en toute conscience que non, vexé qu’ils me posent cette question. Seulement, par après, j’ai compris que mes formateurs ne faisaient pas allusion à ces deux jeunes. Ils étaient en train de me parler d’une autre forme de racisme. J’avais toujours compris le racisme comme le fait de rejeter l’autre à cause de la couleur de sa peau. Mais la couleur de peau n’est souvent qu’un prétexte. Ce n’est pas une couleur qu’on rejette, mais tout ce que cette couleur représente pour moi. On se focalise tellement sur le fait que le racisme, c’est rejeter l’autre pour ce qu’il a de ‘‘différent de nous’’. Mais on oublie, en réalité, que le racisme, au moins pour ce qui est de mon expérience dans un séminaire international, c’est de rejeter l’autre pour ce qu’il a –ou pour ce qu’il pourrait avoir- de ‘‘commun avec moi’’, et que je ne supporte pas, bien entendu. Il faut savoir qu’il y a toujours de la peur derrière du racisme. Le raciste se présente souvent comme quelqu’un de très ferme et de très sûr de lui-même, tandis qu’il n’est qu’un homme bouffé par ses peurs.

Je vous présente un exemple personnel. Quand j’étais ado, on me reprochait d’être maladroit. Et je crois l’avoir été vraiment. Je faisais mal les choses, j’oubliais la moitié de ce qu’on me disait, je n’arrivais pas à m’exprimer comme j’aurais voulu, etc. Ensuite, j’ai voulu changer. Et je me suis rendu compte que, avec le temps, j’ai pris de l’assurance. Cela m’a beaucoup aidé dans les relations avec les autres. J’étais à l’aise, dans un premier temps, sauf… quand j’étais en présence de quelqu’un de timide, de faible, de maladroit. Il m’a fallu du temps pour comprendre que le problème n’était pas chez cette personne, mais dans le regard blessé que je portais sur elle. Cette personne éveillait chez moi un mépris profond et caché, mais je ne me rendais pas compte que c’était moi-même la cible de ce mépris. Ce type de personne m’a fait comprendre que j’étais en train de renier, par là, toute une partie de mon histoire, toute une partie… de moi. Je ne vivais qu’en surface. Je ne donnais qu’une image de moi, celle qui me convenait le mieux. Ou plutôt, celle qui convenait le mieux… aux autres ! J’avais la terreur qu’on recommence à rire de moi, ou à avoir pitié. Il m’avait fallu du temps pour arracher de mon front cette étiquette, mais j’en gardais encore les traces. Et l’autre, par ces mêmes faiblesses, était pour moi un miroir, qui me rappelait cette souffrance. Dans un second temps, j’ai essayé d’aller vers ces personnes, de les aider, mais il y avait encore quelque chose de malsain chez moi.

Attention, en effet, le racisme peut s’exprimer aussi bien par la colère (manifestée ou cachée) que par la condescendance. On peut êtres racistes, soit en voulant rejeter l’autre avec son étiquette, soit en s’approchant de lui en voulant lui arracher cette étiquette. Lui arracher son étiquette pas tellement parce qu’elle lui fait mal, mais peut-être parce que c’est à nous que son étiquette fait mal ! C’est facile, en effet, de prendre les distances du pharisien, avec ses attitudes méprisantes. Et je ne crois pas que ce matin, dans notre assemblée, il y ait beaucoup de personne racistes comme lui, à sa façon. Mais peut-être que nous, les cathos, nous sommes plus exposés à l’autre forme de racisme. Celle de vouloir arracher les étiquettes autour de nous pour ne plus avoir mal, nous. Pourquoi cela serait du racisme ? Parce que l’une comme l’autre forme ne respectent pas l’autre pour ce qu’il est, à ce moment-là de sa vie. La première voudrait le rejeter, la deuxième voudrait le changer, mais qui voudrait… l’aimer, lui ?! Ce qui me faisait le plus mal, par exemple, dans le fait d’être distrait et maladroit ce n’était pas tellement le fait d’être moi le plus pénalisé dans l’histoire, mais plutôt le regard que les autres portaient sur moi. J’ai voulu m’arracher cette étiquette parce que c’étaient ces regards qui me faisaient le plus mal. Pas tellement l’étiquette en elle-même.

Tout cela simplement pour vous dire qu’on ne peut pas avoir une relation saine avec les autres, dans leurs faiblesses, tant qu’on n’a pas appris à vivre avec nos propres faiblesses. Et comment connaître nos vrais points faibles, pour éviter de tomber dans le travers de la colère ou dans celui de la condescendance ? Si je vous ai demandé de penser à deux ou trois personnes envers lesquelles nous éprouvons du mépris, ce n’était pas pour nous culpabiliser. C’était plutôt pour nous permettre de chercher chez ces personnes, peut-être si différentes l’une de l’autre, ce qu’elles ont en commun et qui nous fait si mal. Parce que c’est peut-être ce même subtil fil rouge, qui les lie, cette grosse corde noire qui, sans le savoir, nous étrangle. Dieu, aujourd’hui, ne viens pas nous faire la morale par rapport à ce fil rouge. Il ne vient pas nous dire que ce n’est pas bien de juger et qu’il faudrait être gentil avec tout le monde. Il vient plutôt nous libérer de ce nœud coulant qui nous sert à la gorge. Regardez que le problème de ce pharisien n’était pas le mépris qu’il portait à l’égard du publicain. Son vrai problème c’était le mépris qu’il portait à son propre égard. Et le publicain n’était pour lui qu’un miroir. Si ne fut-ce que la présence du publicain le blessait tellement, c’était peut-être que lui-même, le pharisien, ne se donnait pas le droit à l’erreur, à la faiblesse, à l’échec.

Vous comprenez maintenant ce que je voulais signifier quand je vous ai dit que tous, nous sommes quelque part ‘‘racistes’’. Quelqu’un peut l’être vis-à-vis des vieux, quelqu’un d’autre vis-à-vis des handicapés, qui des étrangers, qui des marginaux, qui des ignorants, qui des ridicules… Mais le problème n’est pas le vieux en lui-même, ou le handicapé ou l’étranger… mais ce qu’ils représentent pour moi. Si je crois, par exemple, que je ne peux me réaliser que dans la réussite sociale et qu’on peut m’aimer uniquement par ma compétence et mon efficacité, c’est clair que l’image qu’une personne âgée peut me renvoyer me sera insupportable. Parce qu’elle me rappelle qu’un jour je serai vieux et… inefficace. Avec tout ce que cela comporte… à mes propres yeux. Nous l’avons dit tant de fois, mais c’est important de se le répéter : JC vient nous réconcilier non pas d’abord avec les autres, mais premièrement avec la partie la plus faible, la plus fragile et la plus blessée de nous-même, comme ça a été le cas pour ce publicain. A nous, alors, ce matin, de choisir comment sortir de cette église : de sortir raciste, c'est-à-dire esclave de mes peurs, ou de sortir comme le publicain en homme libre, libre de toutes ces peurs et du regard des autres.

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin