Laurent Voulzy sera en  concert à St-Martin le jeudi 18 octobre (complet) et  le jeudi  8 novembre à 20h30.

Les billets sont en vente sur internet à la Fnac et   au Parc Music rue de la Poste à Arlon

Homélie du 23 septembre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre d'Amos (8,4-7)
2ème lecture : de la première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée (2,1-8)
Evangile : selon saint Luc (16,1-13)

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Lc. 16,13).

Cette phrase, avec d’autres du style : « Malheur à vous les riches, car vous avez votre consolation » (Lc. 6,24) ou encore : « C’est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Mt. 19,23) nous montrent un Jésus qui ne mâche pas ses mots quand il s’adresse aux riches ou quand il s’agit de parler d’argent.

 

On aurait de quoi avoir peur, nous, dans notre société riche.

Alors pourquoi on n’est pas si mal à l’aise que ça, devant ces paroles pourtant si dures de Jésus Christ à l’égard des riches ? Peut-être qu’on ne se sent pas vraiment visés parce que on ne se sent pas si riches que ça. C’est vrai, on a quelque chose de coté, mais les vrais riches sont les autres, les puissants, ceux qui tirent les ficelles de notre société. Pas nous.

Et bien, quand Jésus Christ a dit ces paroles il ne s’est pas adressé aux chefs de l’empire romain, mais aux hommes et aux femmes qui le suivaient. Alors qu’est-ce qu’il veut nous dire par là ?

Il vient nous révéler que, si d’une part la richesse nous garantit un meilleur niveau de vie ; de l’autre, elle alimente une logique de consommation très dangereuse. Cette logique de consommation crée en nous, dans un premier temps, des nouvelles envies. Et jusque là ce n’est pas trop grave. Qu’est ce qu’il y a de mal à rêver d’un écran tv ultra plat, dernière génération, ou d’un éplucheur de pommes de terre électrique, avec téléphone incorporé. Alors l’argent nous permet de rêver de nouvelles envies. Très bien. Mais le pire c’est qu’ensuite, dans un deuxième temps, cette logique d’insatiabilité fera en sorte que toutes ces envies deviennent pour nous de plus en plus des… besoins, dont on ne sait plus s’en passer. Et c’est là que commence l’enfer pour nous.

Soyons réalistes. L’argent, quand il frappe à notre porte, il se présente toujours à nous en costard-cravate, coupé dernier modèle, cheveux bien laqués et respirant la réussite à pleins poumons. Il nous laisse croire être la réponse à toutes nos envies, à tous nos problèmes, à tous nos… besoins. Et c’est vrai, quelque part. Sauf qu’il ne nous dit pas, qu’en signant en bas de la page, on s’engage à acheter, pour le restant de nos jours, des nouveaux besoins, bien plus contraignants que nos premiers. Et là, on se retrouve à la case de départ : j’ai un peu plus mais j’ai aussi besoin d’un peu plus. On n’est pas sorti de l’auberge. Le verre se rempli mais la taille du verre aussi augmente… On a plus d’argent mais on a aussi plus de besoins. Le pourcentage entre ce qu’on a et ce qu’on voudrait reste quelque part le même entre avant et après. La frustration était là avant et elle est encore là maintenant.

Si on reprend l’évangile de ce matin, cette parabole nous présente un homme riche, d’une part, et un mauvais gérant, de l’autre. Et Jésus Christ s’en prend non pas à l’homme riche, mais au mauvais gérant. Vous comprenez alors que le Seigneur ne nous met pas en garde face à l’argent, en temps que tel, mais face à une logique de consommation qui ne respecte pas nos vrais besoins, en nous créant toujours des nouveaux besoins. Allez faire un tour dans les nouveaux quartiers au tour d’Arlon. Je ne vise personne, mais est-ce que je me donne le droit de construire une maison plus petite que celle de mon voisin ? Est-ce que je me donne le droit d’avoir une voiture moins coûteuse que celle de mon beau-frère ? Est-ce que, moi jeune, je me donne le droit de garder plus de trois mois le même GSM ?

Je m’en fiche, alors, de la taille de ta piscine, à condition qu’elle corresponde à ton besoin réel, et non pas à un besoin artificiel, imposé à toi de l’extérieur. Mais si ce n’est pas le cas, alors, pour ce qui concerne ma piscine, je ne suis pas à envier mais à plaindre.

On comprend, par là, que le vrai piège de l’argent n’est pas le niveau de vie qu’il m’offre, à moi et à ma famille. Tant mieux si je peux me permettre une belle maison, avec piscine ! Le vrai piège de l’argent, et de la mentalité de consommation qu’il entraîne, c’est plutôt le désordre qu’il engendre à l’intérieur de moi par rapport à ce que sont mes besoins, réels et prioritaires, et ce qui n’est que de l’ordre de l’envie secondaire. Le vrai drame c’est quand je ne sais plus distinguer entre mes ‘‘envies’’ et mes ‘‘besoins’’, et je commence à mettre tout sur le même plan.

Je me rends compte que beaucoup de problèmes de relation entre les gens, comme d’ailleurs dans le couple, ont leur origine de cet amalgame. J’ai le devoir d’exprimer, de lutter et de revendiquer mes besoins, même dans le couple, même en famille. Mais est-ce que j’ai le droit de revendiquer auprès des autres qu’ils satisfassent mes envies ?! Mon fils, par exemple, m’exprime son besoin d’acheter un nouveau Hi Pod. Pour lui, c’est un ‘‘status symbol’’, une condition indispensable pour se rendre intéressant aux yeux des autres, pour être ‘‘Quelqu’un’’. Pour moi, parent, je ne vois là qu’un caprice d’ado. Qui des deux a raison ? Quelque part, tous les deux.

C’est vrai que je ne peux pas juger les besoins de l’autre sur le critère de mes propres besoins. Ce que l’autre ressent comme un besoin, peut-être que moi, je ne le ressens pas comme tel. Si je sors, par exemple, de chez moi avec un billet de €200 en poche pour me balader en ville (et cette fois-ci un vrai, et non pas une photocopie comme celle qu’on a utilisé à Noël), je me sens tout-puissant. Si Bill Gates sort de chez lui avec seulement €200 en poche, il aura l’impression de ne pas avoir pris assez avec lui. A un moment donné, il angoissera.

Mais c’est vrai aussi que l’amour pour autrui m’impose de le mettre en garde face aux risques d’une possible et réelle accoutumance à cette logique malsaine. Beaucoup de nos stress et de nos sentiments d’insécurité ont leur origine là, dans ce désordre intérieur.

Il faut aider les gens, alors, à comprendre que le vrai riche, épanoui, c’est celui qui a ce qu’il lui faut, indépendamment de ce qu’il a. Tandis que le vrai pauvre, à plaindre, c’est celui qui a l’impression de n’avoir jamais assez.

Le premier se donne le droit d’être heureux avec ce qu’il a. Le deuxième s’inflige une vraie torture, l’insatisfaction du ‘‘je pourrais avoir plus’’.

Alors, est-ce que la vraie justice c’est celle de Robin des Bois, c’est-à-dire de voler aux riches pour donner aux pauvres, ou la vraie justice serait plutôt celle d’apprendre aux riches à bien vivre sans s’imposer tant de besoins ?!

Dans le premier cas, c’est leur faire violence, en leur imposant, à leurs yeux, la pauvreté. Dans le deuxième cas, c’est les libérer d’une dépendance, d’une accoutumance, en les aidant à vivre un sevrage sain.

Peut-être que la différence entre ces deux solutions vous semble minime. Si vous regardez bien, même entre ‘‘corriger’’ et ‘‘punir’’, parfois la différence semble minime. Pourtant les résultats sont très différents.

Que le Seigneur, aujourd’hui, puisse nous apprendre à nous respecter dans nos vrais besoins, et au même temps qu’il nous aide à lutter contre une logique d’insatiabilité qui envahi nos sociétés et qui fait des malheureux tant chez les ‘‘pauvres’’ que chez… les ‘‘riches’’.

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin