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Montage et répétitions ... Quelques images du montage du podium et des répétitions de l'Ecole de danse Aurélie Thill d'Arlon ainsi que Vincent Hubert aux grandes orgues de St-Martin

Spectacle du vendredi 23 mars 2018 -  8 min. Plus de 70 artistes en fête pour célébrer les 10 ans du réseau Eglises Ouvertes à l'église Saint-Martin d'Arlon, les 23 et 24 mars 2018 ! "En Chemin", un spectacle à la fois intime et grandiose, qui rassemble musiciens, danseurs, solistes, acrobates, choristes et pèlerins, d'Arlon et d'ailleurs. Une belle aventure partagée, en l'honneur d'une église particulièrement vivante ! Direction artistique : Sacred Places

Homelie du 9 septembre 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre de la Sagesse (9,13-18)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre à Philémon (9b-10.12-1)
Evangile : selon saint Luc (14,25-33)

« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ». (Lc.)

Si Jésus-Christ met l’amour envers lui, et par là envers Dieu, le premier, c’est pour nous révéler que cet amour est la condition nécessaire et indispensable pour tout autre véritable amour. Et cela doit nous interpeller très sérieusement. Parce que ça veut dire que si je n’ai pas une profonde intimité avec le Christ, l’amour que je me porte à moi-même, l’amour que je porte à ma femme, à mon mari, à mes enfants, à mes parents, et à mon prochain tout court, c’est un amour quelque part imparfait. Aimer Dieu est donc une nécessité pour pouvoir arriver à aimer son prochain, et pour pouvoir arriver à l’aimer correctement.

Si Dieu, par Jésus-Christ, me demande de l’aimer le premier, c’est justement pour me protéger, pour éviter que l’amour que je me porte à moi-même et aux personnes qui m’entourent ne soit un amour ‘‘idolâtre’’. C’est-à-dire un amour, qui au lieu d’épanouir mon coeur dans la confiance et la paix, l’étoufferait dans la peur et le sentiment d’insécurité. Ce n’est pas possible d’aimer véritablement l’homme sans passer par Dieu ; un des risques en effet,  serait que derrière un amour du prochain simplement horizontal, se glisse facilement un amour désordonné de soi-même, et quelque part, d’une manière très subtile, la recherche de son propre intérêt.

Et qu’est-ce qu’alors l’amour désordonné, l’amour idolâtre ? L’idolâtrie, en gros, c’est de remplacer Dieu par des succédanés. Du moment que pour avoir l’impression d’exister, pour avoir l’impression que notre vie a un sens, qu’elle a de la valeur, nous éprouvons le besoin d’être aimés, d’être estimés, d’être reconnus, alors nous recherchons cet amour partout, en nos parents, en nos amis, en notre conjoint, en nos enfants. Partout sauf, peut-être, en Dieu.

L’« Idolâtre », au fond, est celui ou celle qui demande à quelqu’un d’autre que Dieu de prendre la première place dans sa vie. Voilà alors pourquoi la phrase : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple » commence à prendre tout son sens. Quand Dieu nous demande d’avoir la première place dans notre vie, il n’est pas en train de nous demander par là d’aimer ‘‘moins’’ les personnes qui nous sont chères ; Dieu n’est pas un tyran égocentrique. S’Il nous demande de le mettre à la première place, c’est parce qu’Il sait très bien qu’à ce moment-là toutes nos autres relations retrouveront leur ‘‘juste’’ place, leur « juste » valeur. Dieu voudrait de cette manière venir mettre de l’ordre à l’intérieur de notre monde affectif souvent très chaotique. Cet évangile met en relief qu’en réalité, le cœur du problème n’est pas celui d’aimer ou de ne pas aimer son père ou sa mère, son fils ou sa fille, sa femme ou ses enfants…, mais plutôt de les aimer d’un amour vrai, d’un amour qui reconnaît l’autre pour ce qu’il est vraiment et non pas pour ce que moi je voudrais qu’il soit.

Voilà alors pourquoi le texte original (et non pas la traduction/interprétation liturgique qui vient d’être proclamée) utilise le mot ‘‘haïr’’ plutôt que ‘‘préférer’’. L’expression : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple », ne veut pas signifier haïr la personne de son père, de sa mère, de sa femme, de ses enfants… mais de haïr la projection idéale que je me suis faite d’eux !

Prenez par exemple le cas du mariage : si vous vous êtes mariés en demandant plus ou moins consciemment à votre mari ou à votre femme d’être ‘‘Dieu’’ pour vous, d’être la mesure capable de combler votre solitude, votre besoin d’affection, vos manques, vos peurs…, alors à un moment ou l’autre vous risquez de lui en vouloir parce que vous verrez en ses faiblesses, en ses défauts, en son égoïsme, en ses limites, en sa paresse, un obstacle à la réalisation de l’idéal de bonheur que vous envisagez pour vous à travers lui/elle. Tant que l’autre restera pour moi un ‘‘moyen’’ en fonction de moi, je serais condamné à vivre dans ma vie des périodes de frustrations et de grandes insatisfactions. De plus, sans nécessairement m’en apercevoir, je risque de faire beaucoup de mal à l’autre en exigeant de lui un rôle dans ma vie qu’il ne peut pas assumer…. celui d’être Dieu.

Cela est peut-être encore plus évident en famille, dans la relation avec les enfants : l’enfant peut devenir ‘‘Dieu’’ dans ma vie de parent au moment où je vois en lui la possibilité de me réaliser. Et cela à plus forte raison si dans mon enfance j’ai subi des humiliations, par exemple du fait d’être né dans une famille pauvre ou d’avoir manqué d’une formation qui m’aurait permis d’avoir une bonne position sociale, etc. Je verrai alors en mon fils la chance qui m’est offerte de prendre ma revanche sur la vie. Si c’est le cas, je cours le risque de l’aimer non pas pour ce qu’il est mais de l’aimer pour ce que j’attends de lui. Et si par hasard il me déçoit, alors… nous connaissons tous la suite. Tous, nous avons plus ou moins un idéal sur nos enfants, mais est-ce que nous nous sommes demandés si c’est le même idéal que celui que le Seigneur a sur eux, si c’est un idéal qui respecte leur identité, leur personnalité ? Chaque enfant est différent et chacun a droit à réaliser sa vocation, ce pour quoi il est fait, indépendamment de ‘‘nos’’ peurs, de ‘‘nos’’ blessures.

‘‘Haïr’’ les personnes qu’on aime et ‘‘haïr’’ sa propre vie veut dire renoncer au rêve de bonheur que j’ai sur ma vie pour rentrer dans le rêve de bonheur que Dieu a sur moi et sur les personnes qui m’entourent. Sinon je risque de vivre totalement aliéné, bloqué sur la nostalgie d’un passé qui ne reviendra plus ou projeté dans un futur qui ne nous appartient pas. Vous comprenez alors qu’on a besoin que Dieu vienne rapidement remettre ordre dans nos relations affectives, pour qu’elles ne deviennent pas névrotiques ; qu’Il nous apprenne l’amour, qu’Il nous apprenne tout d’abord à nous laisser aimer par lui, à lui rendre la première place dans notre vie, pour qu’on puisse apprendre, ensuite, à aimer les autres, et à les aimer d’une manière ‘‘libre’’, non idolâtre, et à leur rendre leur juste place.

Donc le message de ce dimanche n’est pas d’aimer moins les personnes qui nous sont chères, mais de les aimer… juste, de les aimer correctement !


Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin