Nous avons le plaisir de vous communiquer le lien vers la vidéo du spectacle « En Chemin » à l'église Saint-Martin sur YouTube (version complète - 1h10)
homélie du 12 août 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre de la Sagesse (18,6-9)
2ème lecture : de la lettre aux Hébreux (11,1-2.8-19)
Evangile : selon saint Luc (12,32-48)

 
« Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur » Lc.12,34

C’est par cette phrase que commence l’évangile de ce dimanche. « Là où est votre trésor… ». Mais qu’est-ce qu’on entend par ‘‘trésor’’ ?

‘‘Trésor’’, si vous voulez, c’est tout ce qui nous donne un certain statut, une identité, tout ce sur quoi, quelque part, on appuie notre vie. ‘‘Trésor’’ peut être mon travail, parce qu’il me donne une position sociale, et par là l’impression d’avoir du pouvoir sur les autres; ‘‘trésor’’ peut être mon argent, parce qu’il me donne l’impression d’avoir une sorte de sécurité, d’assurance par rapport à ma retraite et, plus en général, par rapport à l’incertitude du futur. ‘‘Trésor’’ peut être mon célibat, parce qu’il me donne l’impression d’être libre, de ne dépendre de personne ; ‘‘trésor’’ peut être mon intelligence, parce qu’elle me donne l’impression de supériorité sur les autres. ‘‘Trésor’’ peut être mon mari, ma femme, quand il/elle me fait exister par son amour, par son regard sur moi ; ‘‘trésor’’ peuvent être mes enfants, dans cette idée que, même une fois que je serais mort, ils seront mon prolongement et mon nom continuera à vivre à travers eux. Mais ‘‘trésor’’ peut être aussi une souffrance que j’ai subi, parce qu’elle me permet de me sentir reconnu en temps que victime ; ‘‘trésor’’ peuvent être mes rêves, dans l’espérance du futur, ou mes souvenirs, dans la nostalgie du passé…

Comme vous le voyez, tout peut devenir ‘‘trésor’’, tant que je n’ai pas trouvé ma propre identité. Le danger, c’est qu’à un moment donné, je choisi de faire dépendre mon identité de quelque chose ou de quelqu’un qui n’a pas, en lui, le pouvoir de me donner, d’une manière permanente, cette identité profonde, ce sens à la vie.

Vous comprenez alors le risque qu’on court. Si le Seigneur nous met en garde : « Faites-vous un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne ronge pas » (Lc.12,33), c’est parce qu’il y a une raison. Le jour, par exemple, où l’on me retirera mon travail, ou que je ferai peut-être une mauvaise affaire, ou que je rencontrerai quelqu’un de plus intelligent que moi, ou le jour où ma femme me quittera, que mes enfants échoueront dans leurs études ou qu’ils mettront en cause mon autorité, en me manquant de respect, ou le jour où je commencerai à avoir des petits problèmes de santé, dès problèmes de mémoire, ou qu’on me dira d’arrêter de jouer continuellement à la victime…, ce jour là, je risquerai, alors, de m’effondrer.

Voilà l’origine de beaucoup de nos stress et de beaucoup de nos inquiétudes : c’est qu’on s’identifie à notre travail, à notre santé, à notre compte en banque, à nos enfants, à l’image qu’on veut donner de nous…. « Plutôt mourir que perdre mon travail de PDG à Luxembourg et de me retrouver au chômage, et devoir soutenir le regard des autres, de mon père, de mon frère, de ma femme, de mes enfants » ; « Plutôt mourir que devenir aveugle ou être condamné à rester toute ma vie paralysé, sur un fauteuil roulant, devant dépendre en tout des autres » ; « Plutôt mourir que d’être injustement sali, par les Medias, sur mon honneur et sur mon honnêteté » ; « Plutôt mourir que… ».

Combien de fois, face à des situations semblables, qu’on a vécu indirectement par d’autres, ces propos nous ont traversé l’esprit ?! A ces moments là on se sent perdu, comme si le monde s’écroulait sous nos pieds. On nous dit que la vie continue, mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Ca veut dire que, dans ces cas, sans rien enlever à la souffrance qu’on vit, souvent terrible, atroce, et à ce sentiment de subir une injustice, je peux tout perdre mais sans pour autant m’effondrer. Comment ? Parce que mon ‘‘cœur’’ n’est pas là, parce que mon cœur n’est pas dans mon argent, dans mon succès, dans ma santé, dans l’épaisseur et la qualité de mon carnet d’adresses. Mon cœur est ailleurs, au ciel, là où « le voleur n’approche pas, où la mite ne ronge pas ».

On peut tout m’enlever, en effet, jusqu’à ma vie, mais il y a une chose qu’on ne pourra jamais m’enlever : l’amour que j’ai pu offrir. Parce que même si on arrêtait de m’aimer je pourrai grossir mon compte en banque au ciel par l’amour que je pourrai continuer, moi, à donner, indépendamment des autres. Voilà comment j’entend la phrase du Christ : « Faites-vous un trésor inépuisable dans les cieux ».

Quand on arrivera au ciel, le Seigneur ne nous demandera pas nos bulletins scolaires, notre fiche de paye, et même pas le nombre d’enfants qu’on a eu ou les ‘‘kilos’’ d’hosties qu’on a mangé tout au long de notre vie, mais on ne sera jugé que sur l’amour qu’on aura su donner.

Et ce n’est pas à nous que le Seigneur demandera combien nous avons aimé. Il appellera notre femme, notre mari, nos parents, nos enfants, nos amis, nos collègues, nos voisins… et il demandera à eux, un par un, s’ils se sont sentis aimés par nous. Et je pense qu’on commencera par ceux qui se sont senti les moins aimés pour terminer par ceux qui se sont senti le plus aimés. Pourquoi dans cet ordre ? Parce que le but du Seigneur ne sera pas de mettre l’accent sur la tristesse due à tout cet amour qu’on aurait pu donner mais de mettre en valeur le bonheur de tout cet amour qu’on a su donner.

Alors, si c’est aujourd’hui que le Seigneur demandait à ta femme, à ton mari, à tes enfants, etc., s’ils se sentent aimés par toi, qu’est ce qu’ils répondraient ? S’il y a une question importante dans notre vie, à laquelle il faut absolument donner une réponse, et bien, je pense alors que c’est celle-ci.

Et comme nous le rappelle Dominique Lapierre, en conclusion de son best-seller, ‘‘La Cité de la joie’’ : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu ! ».


Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin