Homélie du 22 juillet 2007 PDF Imprimer Email
Année 2007

1ère lecture : du livre de la Genèse (18,1-10a)
Evangile : selon saint Luc (10,38-42)

 
Durant tout ce mois de juillet, nous nous sommes retrouvés sur la route de Jérusalem avec Jésus. Et voici qu’aujourd’hui, avec lui, nous sommes invités à nous arrêter dans un village. Luc ne croit pas nécessaire de nommer ce village, mais quand on ouvre l’évangile de Jean, on apprend que ce village, qui est le village de ses trois amis Marthe, Marie et Lazare, s’appelle Béthanie. Un nom qui sent bon l’évangile ! Et qui va devenir hautement symbolique, et de la personne de Jésus, et de son message.

Béthanie, c’est d’abord la maison de l’hospitalité ! Nous ne sommes pas des orientaux, mais dans ces jours de vacances, c’est vrai que c’est un mot qui sent bon la rencontre… l’hospitalité pour un oriental, c’était une valeur essentielle de sa vie ! Déjà pour ce vieux nomade qu’était Abraham. Recevoir ou être reçu… des mots qui peuvent toucher le cœur de l’homme.

Mais Béthanie, c’est aussi pour Jésus la maison de l’amitié. Et cela est toujours agréable de découvrir l’homme Jésus, celui qui était vraiment de notre humanité. Cette fois, nous l’imaginons un peu harassé par toutes ces foules qui le suivent, ayant besoin de prendre un bon moment chez des amis. Partir là-bas, à l’écart…

Béthanie, dans la vie de Jésus, c’est un peu cela : l’endroit où l’on souffle, le lieu de l’amitié. Jésus a été vraiment un ami.

Béthanie, maison de l’hospitalité et de l’amitié, c’est peut-être pour cela d’abord que ce village va devenir dans l’histoire de Jésus ce lieu unique où il va nous laisser le message essentiel de sa mission. Quand il va dire à Marthe, qui le rudoie au jour même de la mort de son frère, et qui lui dit : Si tu avais été là à temps, comme on te l’a demandé, notre frère ne serait pas mort ! … Et Jésus de regarder Marthe et de lui dire : Toi qui croit en la résurrection, sais-tu que moi qui te parle, je suis la résurrection et la vie ! … Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra. Et comme pour donner un signe fort de cette parole inouïe qu’il dit, il va ressusciter son frère Lazare ! C’est sans doute, parce qu’il y avait là tout un climat d’accueil et d’amitié, que Jésus a pu leur faire cette confidence, de ce qui est le cœur du message chrétien : « Je suis la résurrection et la vie ! »

Cela me renvoie à ce que nous avons vécu hier matin dans notre église, à l’occasion du 21 juillet. Je pense que tous les nombreux participants étaient unanimes pour saluer le signe fort que nous avons écrit ensemble en nous accueillant mutuellement Juifs, catholiques, protestants, musulmans et laïques dans une manifestation vécue ensemble et qui a permise d’exprimer des valeurs essentielles : désir d’accueil et de tolérance, de respect et de découverte de ce qui fait vivre l’autre qui m’est différent.

Là aussi, quand il y a un message à transmettre, il faut de l’accueil et de l’amitié.

Si nous croyons que la bonne nouvelle de Jésus peut encore faire vivre les générations futures, il faut créer comme au chêne de Mambré, comme à Béthanie, comme hier à Saint-Martin, des espaces authentiques d’écoute, d’accueil et d’amitié.

Je ne résiste pas à la tentation de vous relire (une fois encore !) la dernière page du petit livre d’Eloi LECLERCQ, « Sagesse d’un pauvre », qui est pour moi un livre de chevet. L’auteur fait dire à François d’Assise :

« Le Seigneur nous a envoyés évangéliser les hommes. Mais as-tu déjà réfléchi à ce que c’est qu’évangéliser les hommes ? Evangéliser un homme, vois-tu, c’est lui dire : Toi aussi, tu es aimé de Dieu dans le Seigneur Jésus. Et pas seulement le lui dire, mais le penser réellement. Et pas seulement le penser, mais se comporter avec cet homme de telle manière qu’il se sente et découvre qu’il y a en lui quelque chose de sauvé, quelque chose de plus grand et de plus noble que ce qu’il pensait, et qu’il s’éveille ainsi à une nouvelle conscience de soi. C’est cela, lui annoncer la Bonne Nouvelle. Tu ne peux le faire qu’en lui offrant ton amitié. Une amitié réelle, désintéressée, sans condescendance, faite de confiance et d’estime profondes.

Il nous faut aller vers les hommes. La tâche est délicate. Le monde des hommes est un immense chant de lutte pour la richesse et la puissance. Et trop de souffrances et d’atrocités leur cachent le visage de Dieu. Il ne faut surtout pas qu’en allant vers eux nous leur apparaissions comme une nouvelle espèce de compétiteurs. Nous devons être au milieu d’eux les témoins pacifiés du Tout-Puissant, des hommes sans convoitises et sans mépris, capables de devenir réellement leurs amis. C’est notre amitié qu’ils attendent, une amitié qui leur fasse sentir qu’ils sont aimés de Dieu et sauvés en Jésus-Christ. »

Je vous souhaite à tous ce don de l’accueil et de l’amitié ! 

 

Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin