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Homélie de la nuit de Noël 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du livre d’Isaïe (9,1-6)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite (2,11-14)
Evangile : selon saint Luc (2,1-14)

 Ce soir, pour nous aider à entrer dans la magie du Noël, et pour pouvoir en saisir sa richesse et sa profondeur, je vais utiliser un moyen universel, que vous connaissez tous très bien : l’argent. A cette occasion j’ai pris avec moi un billet de 200 €. …Et si on faisait un tirage au sort ? Maintenant je demanderai à tous ceux qui voudraient repartir d’ici avec ce billet de 200 € de lever la main.

Très bien. Mais si j’abîmais ce billet, en le froissant et en lui marchant dessus, vous le voudriez encore ? Et est-ce que vous lèveriez encore la main si j’en faisais une petite boulette de papier? Et si à ça j’ajoutais le fait de lui cracher dessus et de le jeter dans la boue… vous voudriez encore partir avec ? Comment se fait-il ?!

Ce que je veux dire par-là c’est que, comme vous qui êtes tous prêt à vous jeter sur ce billet de 200 € pour l’avoir, même s’il est sale, abîmé, déchiré, et bien… le Seigneur voudrait faire pareil avec chacun de nous, ce soir.

Nous sommes arrivés, dans cette église, chacun avec son histoire. Une histoire pleine de moments de joie, de bonheur et d’amour. Mais aussi une histoire avec ses ombres et ses revers ; une histoire qui cache souvent des peurs, des angoisses et des blessures profondes et enfuîtes.

Vous croyez vraiment, par exemple, connaître la personne qui est assise sur la chaise à côté de vous ? Il s’agit peut-être de votre femme, de votre mari, de vos enfants. D’accord, mais… est-ce que vous pensez vraiment de la connaître ? Parce que, souvent, ce que nous connaissons des personnes qui vivent à côté de nous ce n’est que ce que nous voulons connaître d’elles. Mais est-ce que nous avons pris le temps et le courage de les laisser se révéler à nous, dans toute leur vérité ? Ou peut-être que nous avons trop peur ?!

Ce ne sont pas les agendas pleins l’ennemi le plus grand du dialogue et de la communication en famille. C’est plutôt l’oreille sélective que nous portons sur ce qui nous est dit.

Les parents se plaignent souvent, par exemple, que leurs enfants ne leur parlent pas de ce qu’ils vivent à l’école ou avec les copains. Mais est-ce que nous sommes vraiment prêts à tout entendre ? Est-ce que nous sommes prêts à entendre leur détresse, leurs questions sur le sens la vie, leurs peurs pour l’avenir et pour ce qu’il leur réserve ? Vos enfants ne sont pas bêtes. Ils le ressentent quand vous vous intéressez à eux pour les rassurer ou quand vous vous intéressez à ce qu’ils vivent pour vous rassurer vous, dans vos peurs.

Reconnaissons que ce n’est pas facile d’accueillir l’autre dans sa faiblesse, dans ses doutes, dans ses révoltes, dans ses angoisses. Ses peurs, en effet, nous renvoient à nos propres peurs. Et on a tellement peur que les autres découvrent tout ce qu’il y a de plus abîmé en nous, et qu’ensuite ils nous rejettent.

Le Christ, n’a pas peur de ce qu’il peut découvrir en nous, dans notre cœur : nos infidélités, nos mensonges, nos lâchetés… Il sait voir au-delà de tout ce qu’il y a de sale en nous.

S’il est venu à nous dans la personne de ce petit enfant c’est justement pour nous réconcilier avec tout ce qu’il y a de plus petit, de plus faible, fragile, vulnérable, mais aussi de plus blessé en nous, de plus…sale.

Pourquoi teniez-vous tellement à gagner ce billet de 200 € ? Parce que vous saviez bien que malgré l’avoir fort abîmé, la valeur de ce billet restait la même. La vie nous a peut-être froissé, piétiné, remplis de coup, abîmé. Peut-être. Mais gardons toujours à l’esprit une chose : aux yeux de Dieu nous continuons à garder la même valeur initiale. Ne laissons pas notre histoire passée décider pour nous, décider pour notre avenir. Aujourd’hui même, prenons notre vie en main et donnons-lui un tournant. C’est possible ! Dieu, par son incarnation, n’aurait pas pris ce risque fou, de tout perdre, si ce n’était pas pour nous révéler que nous valons infiniment plus que ce billet de 200 €. Alors, que cela nous aide à ne jamais plus nous mettre ‘‘en solde’’, devant rien et devant personne ! Joyeux Noël à tous !

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin