homélie du jour de Noël 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du livre d’Isaïe (52,7-10)
2ème lecture : Commencement de la lettre aux Hébreux (1,1-6)
Evangile : Commencement de l’Evangile selon saint Jean (1,1-18)

 « Au commencement était le Verbe, la Parole, et le Verbe était Dieu… » Voilà la Nativité de saint Jean. Derrière l’abstraction des mots, il y a la magie du Verbe : logos en grec, verbum en latin, verbe ou parole en français !

Le verbe pour l’écolier ou l’étudiant, c’est lié à la grammaire. Le verbe se conjugue… tiens, comme l’amour ! Sa forme la plus accomplie, n’est-ce pas l’amour conjugal !

Noël, n’est-ce pas Dieu qui conjugue son amour au nôtre ? C’est le mariage de Dieu et de l’humanité.

Conjuguer un verbe, c’est le dire au présent, au passé et au futur. Noël, c’est Dieu qui se conjugue dans le temps des hommes.

Comme Marie et Joseph contemplent leur enfant dans ce berceau de fortune, (comme tous jeunes parents qui sont en admiration devant leur enfant !), les bergers de Bethléem, à leur tour, sont invités à venir admirer et même adorer l’enfant dans la crèche. Etrangement, là, dans ce réduit à bestiaux, c’est Dieu qui se conjugue au présent de notre histoire. Il est là. Dieu-avec-nous. Dieu ne s’impose jamais à l’homme. Il fait signe.

Jésus, c’est Dieu qui vient d’une longue histoire et d’une longue attente. Celle d’un petit peuple au destin souvent bousculé, un peuple qui a espéré contre toute espérance.

Jésus, c’est aussi Dieu qui vient de l’avenir, Dieu qui nous invite à risquer avec lui notre avenir. Croire en notre avenir. « Ô oui, viens Seigneur Jésus ! » C’est sur cette dernière parole, à la dernière ligne de l’Apocalypse que se referme le Nouveau Testament.

Jésus, c’est aussi la Parole de Dieu donnée. Rien n’est plus fort que de dire à quelqu’un : je te donne ma parole. A Noël, c’est Dieu qui nous donne sa parole.

Parler, c’est toujours prendre un risque : celui d’être mal compris ou de ne pas être écouté. Parler, c’est se livrer à l’autre. C’est devenir fragile, vulnérable.

Avec le Dieu de Jésus, on peut parler, dialoguer… parler fort parfois ! Depuis la Nativité, entre lui et moi, il y a l’espace de la Parole faite chair… et donc celui de ma liberté. En naissant chez nous, Dieu a pris le risque de ne pas être accueilli.

Jésus, la Parole, est venu m’apprendre que Dieu est notre Père et que je suis son enfant, un enfant dont il respecte l’autonomie. Entre lui et moi, il y a place pour sa proposition et pour ma liberté.

Mais aujourd’hui, en ce jour de sa fête, Dieu rêve que tous ses enfants se parlent, comme on se parle ou devrait se parler entre frères ! Il rêve qu’ils fassent la trêve si nécessaire, que personne ne soit seul avec sa tristesse. C’est la fête des mots, des mots d’amour et d’amitié, des petits mots qui font du bien, qui font revivre.

Noël, c’est la parole qui circule dans les familles, entre tous les enfants du Père, c’est la vie qui devient échange et dialogue. C’est la parole aussi qui peut devenir silence et prière. La prière chrétienne, n’est-ce pas le silence habité par la Parole ?

Alors, contemplons nous aussi l’enfant en silence. Chut ! Dieu est là, il dort en nous, au milieu de nous ! Il dort, mon bien-aimé, mais son cœur veille ! Venez, adorons !

 

Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin