homélie du 10 décembre 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du livre de Baruc (5,1-9)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens (1,4-6.8-11)
Evangile : selon saint Luc (3,1-6)

 

J’ai cherché en vain dans mes souvenirs d’enfance pour voir si je n’avais pas moi aussi un petit conte à vous raconter, comme Pietro l’a si bien fait dimanche dernier ! Je me contenterai donc de vous inviter à visualiser l’entrée étonnante de Dieu dans l’histoire des hommes telle que la rapporte le troisième évangile. Cela ne nous est-il pas rapporté, d’une certaine façon comme un conte de fées ?

Dans l’Evangile de Luc, l’entrée historique de Dieu dans l’histoire des hommes est annoncée avec fanfare et trompettes, comme pour précéder la joyeuse entrée d’un futur roi ! Le Seigneur vient, il arrive, il est là !

Commence alors, solennel et grandiose, le défilé des grands : Tibère, l’empereur de Rome ; Ponce Pilate, le gouverneur, jusqu’aux terres païennes de Philippe et de Lysanias. Viennent aussi les chefs religieux Anne et Caïphe. « Toutes les personnalités politiques, militaires et religieuses » comme on écrirait aujourd’hui dans les journaux au lendemain d’un événement national. En rupture avec cette suite, loin derrière elle et pas par la même avenue, un petit homme, à l’allure misérable qui s’efface devant celui qu’il annonce, Jean, le fils de Zacharie.

Contraste saisissant entre ceux qui avancent fièrement sur les larges avenues des capitales et Jean, le précurseur, qui marche sur une piste incertaine, en plein désert. Celui qui annonce va venir rencontrer le cœur de l’homme, à condition que celui-ci accepte d’aménager et aplanir les sentiers qui mènent à son cœur.

Le Seigneur vient. Il ne vient pas pour prendre le pouvoir. Il refuse de dominer le monde. Sans exercer un seul des pouvoirs terrestres, il se permet pourtant de les questionner tous. Il rêve de les inspirer tous, de les marquer de son souffle. Il refusera qu’on l’enferme dans une terre, un clan, une civilisation, une culture… et même dans une religion !

« Tout homme, annonçait le prophète, verra le salut de Dieu. » Tout homme ! Le salut offert est bien universel et Dieu lui-même se présente comme le Seigneur universel, de tous les temps et tous les peuples !

L’accueillir lui, dans sa vie, c’est toujours accueillir l’interpellation dérangeante de l’amour et de la justice qui ont leur source au cœur de Dieu.

Lui faire une place dans notre vie, c’est accepter qu’il fasse la lumière sur tout ce que nous préférons maintenir dans l’ombre : nos jalousies, nos magouilles d’argent ou de cœur, nos mensonges, nos infidélités et nos intolérances, nos montagnes d’égoïsme et nos ravins d’indifférence. Il vient, le Seigneur, modifier nos paysages et aplanir la route qui conduit au cœur de Dieu.

Notre mission de baptisés, la mission de l’Eglise aujourd’hui est bien celle de Jean-Baptiste : non pas prendre la place du Christ mais préparer les chemins, passer devant lui : tantôt avec infiniment d’écoute et de douceur, tantôt – quand l’amour le demande – avec exigence et fermeté, toujours en respectant la liberté de l’autre. Comme le Baptiste, c’est « une mission de désert ».

Je pense à vous, jeunes parents et parents d’adolescents qui vous demandez bien souvent comment transmettre la foi chrétienne à vos enfants : votre mission est « une mission de désert ». C’est Dieu qui donne la grâce de la foi et qui parle au cœur de l’adulte comme à celui du jeune ou de l’enfant. A vous parents de préparer des chemins, ce qui peut vouloir dire préparer le cœur de vos enfants à se ménager des espaces de silence et de désert pour écouter la voix du Seigneur, les éveiller aussi au partage, à la gratuité, des attitudes qui ne sont pas nécessairement évidents aujourd’hui !

Comme Jean-Baptiste, à vous de préparer les chemins… et de passer devant le Seigneur qui vient…

 

Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin