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Homélie du dimanche 3 décembre 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du livre de Jérémie (33,14-16)
2ème lecture : de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (3,12-4,2)
Evangile : selon saint Luc (21,25-28.34-36)

 

«Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse (…) dans les soucis de la vie. (…) Ainsi vous serez jugés dignes (…) de paraître debout devant le Fils de l’homme » (Lc.21,34.36)

Voilà, dans ces deux versets de l’évangile de Luc, le sens de l’Avent. L’Avent est ce temps qui nous est donné pour nous redresser, pour redresser la tête, pour redresser notre… cœur. Laissons-nous interpeller par cette image du cœur qui s’alourdit. Un cœur alourdi est un cœur qui traîne par terre, dans la poussière. Et la Parole de Dieu aujourd’hui vient comme une bonne nouvelle nous révéler notre vocation : nous ne sommes pas fait pour lécher la poussière mais pour respirer à plein poumons l’oxygène, pour être des hommes et des femmes « debout » !

Cette image du cœur humain alourdi par les soucis de la vie, replié sur son sort, m’a rappelé un conte que j’ai entendu quand j’étais jeune et qui m’a accompagné dans les moments difficiles de ma vie. Que les ‘‘intellos’’ parmi vous ne se sentent pas infantilisés ; ce conte, c’est plus qu’une petite histoire, il a marqué un moment fort de ma vie.

« Un jour d’automne, un paysan rentrait du travail des champs. Marchant sur le sentier il aperçu, le long du canal, un œuf d’aigle. Cet œuf se trouvait dans un nid tout sale et entouré par des coquilles ouvertes. Le paysan pensa tout de suite qu’il devait s’agir là d’un œuf de canard retardataire, abandonné par la mère et par ses frères. Il décida, donc, de l’amener dans sa ferme et de le déposer dans son poulailler.

Une de ses poules trouva l’œuf que le paysan avait déposé dans un angle de l’enceinte. Prise de pitié, elle commença à le couver. Les jours passèrent et le paysan oublia cet œuf, qui un beau jour éclot. Sous l’étonnement de la maman poule et des autres habitants de la ferme, le poussin était bien loin d’être beau comme les autres. Tout le monde était surpris par ses grandes griffes, par son bec excessif, ses yeux disproportionnés, et ses grandes plumes. Mais personne n’osait rien dire à la maman poule, de peur de la blesser. De toute façon, maman poule s’était bien aperçue des rumeurs qui circulaient parmi les animaux de la ferme. Mais elle était décidée de ne pas abandonner ce jeune poussin qui avait tant besoin de son aide ; elle l’éduqua comme s’il était son propre poussin.

L’automne et l’hiver passèrent. Un beau jour de printemps, quand l’étrange poussin était devenu beaucoup plus grand que les autres poussins de son âge, il était en train de s’exercer à gratter avec la patte par terre en cherchant quelque ver. A un moment donné il leva la tête ; qu’est-ce qu’il vit ? C’était un énorme oiseau avec des grandes ailes ouvertes qui volait haut dans le ciel et qui se laisser porter par les vents. Tout étonné, le jeune poussin demanda à sa mère qui était ce grand oiseau tellement élégant dans sa façon de voler. La maman poule lui répondit : « Ce grand oiseau que tu vois voler haut dans le ciel c’est l’aigle, le roi des grands espaces. Il est le plus majestueux parmi les oiseaux du ciel. Il passe son temps à se laisser caresser par le vent, à se laisser porter par les courants ascendants. Il nous regarde tous d’en haut. …Mais toi ne rêves pas trop, tu n’es qu’un poulet et tu resteras toute ta vie un poulet ! ». Le jeune aigle, baissant les yeux, recommença à gratter par terre, avec le bec dans la poussière, se contentant de trouver quelque petit ver de terre, convaincu de n’être rien de plus qu’un poulet.

C’est comme ça que le jeune aigle vécu toute sa vie comme un poulet et mourut comme un poulet, ne sachant jamais que sa vocation était le ciel et qu’il était fait pour voler haut dans les hauteurs ! »

C’est une histoire triste, je le reconnais. Mais j’ai voulu la garder dans toute sa tristesse, sans la changer, parce que ce sont souvent les histoires tristes qui nous interpellent et qui nous secouent le plus.

Pourquoi alors cette histoire ? Parce que tous, qu’on le veuille ou pas, nous sommes profondément marqués par la théorie de l’Evolution. C'est-à-dire que nous croyons, au fond, que l’homme est un animal qui a évolué mieux et plus vite que les autres, mais qui, à la fin, reste un animal. Et bien, la foi nous révèle que le singe le plus ‘‘humain’’ ne vaudra jamais autant que l’homme le plus ‘‘bestial’’. Pourquoi ? Parce que l’homme a été créé à l’image et ressemblance de Dieu tandis que le singe non ! Et donc nous portons en nous l’ADN de Dieu, ses gènes, si vous voulez, la vocation à la sainteté ; le chien, lui non ! Réduire l’homme à un peu plus qu’un animal instinctif, à un gentil ‘‘poulet’’, très pieux et très charitable, c’est le blesser dans sa dignité d’enfant de Dieu. Rappelez-vous, par exemple, ce que nous avons dit cet été par rapport à l’intimité conjugale : tous les animaux savent ‘‘faire du sexe’’, mais seul l’homme sait ‘‘faire l’amour’’. De l’extérieur, l’acte apparaît peut-être pareil, mais l’homme a le choix de donner à son union une signification que le singe, le chien ou le dauphin le plus intelligent ne pourra jamais lui donner.

Mais peut-être que nous sentons un tel décalage entre nous et Dieu qu’à la fin nous nous sentons plus proches de l’animal que de Dieu. En plus, peut-être que tu as découvert en toi, ces jours-ci, un caractère de cochon, une colère brutale ou une sensualité bestiale. Peut-être que tu as posé, dans ta vie, des actes dont tu as honte et que tu n’arrives même pas à avouer à toi-même. Et bien, laisses-toi alors redresser, remettre debout par ce temps d’Avent. Laissons-nous secouer par cette histoire, parce que ce jeune aigle… c’est vous et c’est moi ! Ne laissons pas le monde autour de nous arriver à nous convaincre que nous sommes des ‘‘poulets’’. Tu n’es pas un poulet et tu n’as pas été fait pour gratter la terre, pour lécher le sol, pour avaler la poussière. Malgré ce que tu as pu dire ou faire de mal, jamais on pourra te réduire à ce que tu as fait ou ce que tu as dit. Jamais on pourra t’arracher ce rêve de voler, t’enlever la possibilité de te convertir, de changer de vie, dès aujourd’hui. Arrêtes de te regarder toi-même, de contempler ton nombril, tes faiblesses, ton passé et commence à regarder en haut, cet aigle, le Christ, qui t’invite à déployer tes ailes. Courage ! Tu as été fait pour goûter le ciel, pour regarder le monde d’en haut. Ne laissons pas cet appel à l’authenticité, qui est semé au-dedans de nous, cette vocation à la sainteté, s’étouffer. Gardons ce rêve de vraie liberté au plus profond de notre cœur. Tu verras, alors, qu’un jour tu les étendras tes ailes, tu les étendras grandes au dessus des têtes de tous ceux qui ont voulu t’arracher à ce ciel merveilleux. Courage, ne baisse jamais les yeux mais continue à regarder haut, continue à rêver grand!

L’Avent c’est ce temps qui nous est offert pour nous préparer à accueillir le Christ, et, par là, pour accepter de porter un regard nouveau sur nous-mêmes, le sien. C’est le Christ qui nous révèle à nous-mêmes, qui nous révèle toute la profondeur de notre dignité.

Et si vous ne vous sentez pas si mal que ça, temps mieux ! Mais rappelez-vous ce que nous avons dit la nuit de Pâques : ne vous contentez pas de ‘‘réussir dans la vie’’ mais soyez de ceux qui ‘‘réussissent leur vie’’. Ne cherchons pas à être les meilleurs poulets du monde ; soyons des aigles. Le ciel nous attend. Dès aujourd’hui !

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin