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homélie du dimanche 19 novembre 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du livre de Daniel (12,1-3)
2ème lecture : de la lettre aux Hébreux (10,11-14.18)
Evangile : selon saint Marc (13,24-32)

 

 

Il n’y a même pas trois semaines, tant la fête de la Toussaint que celle des défunts nous ont aidé à lever les yeux et à contempler le ciel ouvert. Ces deux célébrations nous ont rappelé que la vocation de tout homme, la mienne comme la vôtre, est celle de vivre pleinement la vie même de Dieu. Et cela jusque dans notre chair… transfigurée.

Voilà pourquoi la mort ne peut pas avoir le dernier mot, mais que le dernier mot appartient à la résurrection. Cependant, les lectures d’aujourd’hui nous mettent en garde : si c’est vrai que tous nous ressusciterons, c’est vrai aussi que tous nous serons confrontés à un jugement. Nous serons jugés sur l’amour. C’est ce que nous entendons dans la première lecture de la célébration de ce dimanche, par la bouche de Daniel : « Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront : les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles » Dn.12,2.

Aujourd’hui je voulais aborder avec vous la question de savoir ce qui nous attend, et ce qui attend les personnes que nous aimons, lors de la mort. C’est toute la question délicate du Ciel, du Purgatoire et de l’Enfer. Je me rends compte que la profondeur de la question dépasse de loin mes connaissances. Voilà pourquoi j’ai voulu laisser la parole à un homme dont j’estime l’honnêteté et la clarté intellectuelles et qui maîtrise beaucoup mieux que moi le sujet : il s’agit là de notre évêque, Mgr Léonard.

Je citerai quelques extraits de son livre sur la mort et l’au-delà. J’ai voulu être le plus possible fidèle à la pensée première de l’auteur. Mais je dois reconnaître que, par le choix des phrases et par leur association, ce souci de fidélité n’est pas toujours réalisé comme je le voudrais. Je m’en excuse mais je peux difficilement faire le contraire, à moins de vous présenter le livre dans son entièreté !...

En abordant le sujet de la mort, l’évêque nous invite, à un moment donné, à voir quelle est, par exemple, la réaction de Jésus devant la tombe de son ami Lazare. Jésus n’y tient aucun discours sur le sens de la mort mais l’évangile de Jean nous présente un Jésus en larmes : « Et Jésus pleura » Jn.11,35. Par ses larmes, il dénonce la mort comme ce qui n’aurait pas dû être, comme un scandale. « Dieu n’a pas fait la mort. Il ne prend pas plaisir à la perte des vivants » Sg.1,13. Si la mort est un ingrédient indispensable du monde en son état présent, elle n’y est pas présente par la volonté de Dieu. Nous pouvons émettre l’hypothèse théologique que la mort, telle que nous l’expérimentons présentement, n’est plus ce qu’elle aurait du demeurer : le naturel et tranquille passage du Paradis terrestre au Paradis céleste, de l’harmonie de la foi à l’harmonie de la vision.

Pour ce qui est de ce paradis céleste, nous pouvons dire que c’est l’amour de Dieu tel qu’il est vécu par celui qui enfin y consent entièrement et est pleinement comblé de cet amour, qu’il goûte dans une communion face à face. Le ciel n’est donc pas un ‘‘lieu’’ physique. Il est surtout un état, une condition d’être. Le ciel est avant tout la condition d’être de ceux qui, offrant un ‘‘oui’’ totalement transparent, un ‘‘oui’’ pleinement marial, sont submergé par cet amour.

Ce rassasiement du cœur humain par la vision de Dieu ne signifie pas que tous les élus vivent une béatitude de même intensité. Chaque élu dans le ciel est pleinement comblé, mais il l’est aussi à la mesure de sa capacité. Autrement dit, dans le ciel il y a des saints qui sont plus saints que d’autres et, si j’ose dire, toutes les auréoles n’auront pas la même dimension ni le même éclat… Et cependant, il n’y aura pas de jaloux, car chacun sera rassasié autant qu’il peut l’être. Certes, cet accomplissement ne signifie pas que plus rien ne doit advenir pour les bienheureux. Il leur manque encore la plénitude de leur condition humaine. N’étant pas encore ressuscités, ils sont encore des hommes et des femmes incomplets. Du côté de l’objet qui les rassasie, à savoir Dieu lui-même, rien ne peut être ajouté à leur béatitude. Mais, du coté du sujet qui est rassasié, un ‘‘plus’’ doit encore intervenir, à savoir la résurrection glorieuse. Celle-ci aura lieu au Jugement dernier, quand le Christ reviendra dans toute sa gloire – et Marc, dans l’extrait de l’évangile d’aujourd’hui, nous en donne un aperçu –.

Pour ce qui est du purgatoire, le mot n’est pas joli, mais traduit une réalité sur laquelle il serait dangereux de faire l’impasse : le sort des défunts qui ne meurent pas dans le refus de Dieu, mais qui ne sont pas encore, au moment de leur mort, pleinement ajustés à son amour. Selon cette approche, le purgatoire, c’est l’amour de Dieu, tel qu’il est vécu par celui qui déjà y consent, mais avec un cœur partagé, qui a encore besoin de purification au-delà même de la mort. C’est un état transitoire, plein d’espérance, où l’homme est sauvé, mais à travers le feu de l’amour qui le purifie. Il est assuré de son salut, mais l’amour divin doit encore le purifier de ses demi-mesures et de ses compromissions, pour qu’il puisse entrer dans l’innocence infinie de l’amour de Dieu.

Comme le ciel et le purgatoire, l’enfer aussi se définit au mieux à partir de l’amour de Dieu. Si nous le faisons exister par notre obstination libre dans le mal, il sera l’amour de Dieu tel qu’il est vécu par celui qui se sait créé pour lui, mais qui le rejette obstinément et est dès lors rongé par cet amour refusé au lieu d’être comblé par lui. Dieu a tout fait pour qu’aucune créature humaine n’en vienne à cette extrémité, mais il est impuissant devant la liberté de celui qui préfère être à jamais malheureux par lui-même plutôt qu’être heureux par la grâce d’un autre. En ce sens, ce n’est pas Dieu qui impose l’enfer à l’homme, mais plutôt l’homme qui en impose l’existence à Dieu. Le risque terrible de l’enfer et de l’éternelle damnation est réel. Mais étant donné que Dieu veut le salut de tous les hommes et que Jésus Christ est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus, nous avons le devoir d’espérer le salut de tous les hommes, y compris de nous-mêmes. Il n’y a d’espérance que par contraste avec un risque réel. En l’occurrence, il s’agit du risque de l’égoïsme poussé à bout. Car l’enfer, si les créatures le font exister, est l’anticommunion absolue.

Je termine ici avec ce qui dit l’évêque sur ces trois réalités, le ciel, le purgatoire et l’enfer. Je vous présente maintenant, ‘‘en passant’’, une dimension ultérieure que j’ai trouvé chez François Varillon : la théologie de ‘‘la souffrance de Dieu’’. A partir de la phrase de Nietzsche : « Dieu même a son enfer : c’est l’amour qu’il a pour les hommes » Varillon aborde le sujet de l’enfer, mais non pas comme réalité qui menace l’homme quant, plutôt, réalité qui menace tout d’abord Dieu lui-même. Si Dieu, en effet, respecte jusqu’au fond notre liberté et s’interdit d’obtenir coûte que coûte la réciprocité de l’amour, alors l’éventualité de l’enfer existe pour lui comme pour nous ! Dieu lui-même ne peut rien, sinon souffrir devant une liberté qui se ferme à l’amour. Le châtiment ne vient pas de Dieu, il vient du dedans, comme celui qui ferme ses volets, et qui, du même coup, est privé de la lumière du soleil.

Tout cela pour vous montrer qu’au fond c’est le même feu qui damne en enfer, qui purifie en purgatoire, qui béatifie au ciel. Si nous sommes totalement contraires à l’amour, le feu d’amour de Dieu nous torture ; si nous sommes capables de purification, ce feu d’amour nous purifie ; et si nous sommes uni à Dieu, ce feu d’amour nous réchauffe et nous béatifie.

Je termine par une histoire qui est arrivée à une jeune sainte, dont je ne me souviens plus du nom. Cette petite sainte raconte qu’un jour, dans une vision, elle a vu le Seigneur et elle lui a demandé qu’il lui montre le paradis. Le Seigneur lui a répondu qu’il ne pouvait pas lui montrer réellement le paradis mais que ce qu’il pouvait faire c’était de lui montrer une image de ce qu’était le paradis. Et voilà que devant la petite sainte sont apparus des centaines, voir des milliers de bouteilles, toute différentes : il y en avait des toutes grandes et à côté des toutes petites, des colorées et des transparentes, des bouteilles avec des formes merveilleuses et d’autres toutes simples, etc. A un moment donné la petite sainte devint toute triste ; le Seigneur lui demanda « Qu’est-ce que tu as, pourquoi es-tu toute triste ? » et elle lui répondit : « Seigneur, moi je croyais que tu étais un Dieu juste, et aimant, et au contraire ici je vois que tu fais des différences entre les personnes : d’un côté il y a des grandes bouteilles et juste à côté des petites, des bouteilles colorées et des autres tout simplement transparentes, des bouteilles au milles formes et d’autres toutes simples… Je ne comprends pas ». Et le Seigneur lui dit : « Petite, ne t’arrêtes pas à l’apparence, regarde mieux et tu verras que c’est vrai qu’elles sont toutes différentes, mais elles ont toutes une chose en commun ». La petite regarda mieux et qu’est-ce qu’elle a vu ? Que c’est vrai, en effet, qu’elles étaient toutes différentes mais ce qu’elles avaient en commun c’est que, indépendamment de leur forme, de leur taille ou de leur couleur, elles étaient toutes… pleines !

Voilà le paradis. Peut importe notre taille, notre forme ou la couleur de notre peau, ce qui compte vraiment et qui peut faire de nous des hommes et des femmes heureux, heureuses et épanouis, c’est d’être rempli d’amour et d’aimer selon nos capacités, mais toujours à notre 100%. Rappelez-vous : mieux vaut être une petite bouteille et remplie d’amour jusqu’au bord que d’être une grande bouteille à moitié vide. Voilà l’avant-goût du ciel sur la terre.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin