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Homélie de la Toussaint 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : de l’Apocalypse de saint Jean (7,2-4.9-14)
2ème lecture : de la première lettre de saint Jean (3,1-3)
Evangile : selon saint Matthieu (5,1-12a)

 

Depuis toujours, tant les croyants que les non-croyants essaient de démontrer, par tous les moyens, l’existence de Dieu pour les uns, sa non-existence pour les autres. Qu’on le veuille ou non, il s’agit là d’une question centrale dans la vie d’un homme. De la réponse qu’on donnera à cette question, en effet, découle aussi toute notre attitude face à la vie, face à la mort et face à l’au-delà. Si Dieu n’existe pas, la question sur l’au-delà ne se pose même pas. Tout ce que nous sommes s’arrête avec la mort. Mais si par hasard Dieu existait… ? Alors, l’enjeu est tout autre.

Pendant toute une époque, dans les églises, on a insisté sur la peur du Jugement final et de l’enfer. Par là, on a essayé de motiver les chrétiens à réfléchir sérieusement avant de prendre des décisions importantes pour leur vie. Depuis tout un temps, l’Eglise a compris, que ce n’est plus sur la peur de la mort qu’elle doit insister, mais plutôt sur la beauté de la vie. C’est pourquoi cette fête de la Toussaint prend tout son sens : pour célébrer la… Vie !

Ce n’est pas la menace de ‘‘l’enfer’’ qui a motivé tant d’hommes et de femmes à vivre la sainteté, mais plutôt la promesse du ‘‘ciel’’. Ils n’ont, en premier lieu, pas fuit la mort et une perspective de souffrance éternelle ; ils ont plutôt choisi la vie et la perspective de joie profonde qui découle de ce choix.

Mais comment rentrer dans une attitude de joie et de bonheur face à tant de pauvreté et de misère humaine ?!

Pour les non-croyants, la présence du mal et de la souffrance dans le monde est la preuve tangible que Dieu n’existe pas. Sinon, comment pourrait-il ne pas intervenir, s’il s’agissait d’un Dieu aimant ?!

Pour les croyants, la preuve que Dieu existe, c’est justement, qu’au milieu de tant de souffrance et de haine, il y a encore des personnes qui ne se résignent pas devant l’injustice. Des personnes qui choisissent de combattre le mal et de soulager la souffrance, dans toutes ses formes.

C’est un peu ce qu’a dit le Cardinal Ratzinger, quand il n’était pas encore le Benoît XVI que nous connaissons maintenant. Lors d’une interview, un journaliste lui a demandé quelles étaient, pour lui, les preuves de l’existence de Dieu. Il lui a répondu que les deux signes les plus grands et les plus beaux de l’existence de Dieu, sont à chercher dans la nature et dans l’homme ; quand on contemple l’ordre, l’équilibre et l’harmonie dans la nature, et quand cet ordre, cet équilibre et cette harmonie se retrouvent chez l’homme ‘‘accompli’’, alors on ne peut pas nier l’existence d’un Dieu d’amour.

Si c’est vrai que la nature est une merveille de Dieu, l’homme en est son chef-d’œuvre ! Mais pas seulement sur un plan scientifique. Il doit y avoir sûrement, en effet, des êtres biologiquement plus complexes que nous. Ce qui rend l’homme unique et extraordinaire, et qui fait toute la différence par rapport à la nature, c’est sa liberté. C’est par sa liberté que l’homme peut choisir de devenir un chef-d’œuvre de beauté. Et toujours par cette même liberté, il peut aussi choisir de devenir une horreur.

Ce qui fait toute la grandeur de l’homme, ce sont ses ‘‘choix’’. L’orchidée la plus rare, par exemple, ou le minéral le plus précieux, ne peuvent pas être différents de ce qu’ils sont. Ils n’ont aucun mérite à leur valeur, parce qu’ils ne prennent aucun risque. L’homme, par ses choix, prend un risque absolu. Et c’est un risque qui engage toute son existence, au-delà même de sa mort. Vous comprenez par là toute la beauté dramatique qui découle de ces choix !

Regardons maintenant dans nos vies. Ici en Occident, nous traversons une période de fortes contradictions. D’un côté, tout nous pousse à un retour vers le bio, vers l’homéopathie, vers des médecines parallèles, vers tout ce qui est plus naturel et qui souhaite mieux respecter à la fois l’équilibre biologique et l’équilibre psychologique de l’homme. De l’autre, nous sommes constamment confrontés à des choix moraux toujours plus complexes : avortement, divorces, adoption de la part des homosexuels, euthanasie, fécondation artificielle, clonage…

On a tout pour que l’homme soit élevé jusqu’au ‘‘ciel’’, mais tout aussi pour qu’il soit plongé jusqu’aux abîmes, dans des ‘‘enfers’’ très concrets, qui sont la solitude, la peur, l’angoisse, la tristesse, la honte, le désespoir…

Le rêve de Dieu c’est de voir l’homme… aimant. Son cauchemar ? C’est de le voir blessé et… blessant. Ce n’est pas, en effet, la pauvreté, la maladie ou la vieillesse qui font de l’homme une horreur. Ce qui le rend une horreur c’est quand il ne se donne plus le choix d’aimer, ou plutôt quand il choisit de ne plus aimer. Parce que c’est l’amour qui nous humanise et qui nous transfigure.

Dieu s’est révélé à nous, par son fils, comme étant Amour, à l’état pur. Si toute sa raison d’être est d’aimer, alors on peut arriver même à dire, paradoxalement, que Dieu existera tant qu’il y aura des hommes et des femmes qui choisiront d’accueillir son amour et de le répandre autour d’eux. Il ne faut pas chercher la preuve de l’existence de Dieu plus loin.

 Alors, fêtons aujourd’hui tous ces hommes et toutes ces femmes transfigurés par l’amour qu’ils ont accueilli et par l’amour qu’ils ont donné autour d’eux. Ils n’étaient pas parfaits, sauf dans leurs choix d’amour. Je voudrais ce matin aussi ajouter à toute cette litanie des saints, ces hommes et ces femmes qui vivent au milieu de nous et qui, par leurs choix, par leurs paroles, nous aident à lever les yeux vers le ciel et arrachent tant d’autres à leurs enfers.

Peut-être qu’ils n’auront jamais leur nom affiché sur un calendrier, mais que leur nom puisse rester gravé dans nos cœurs. Parce qu’ils nous rendent beaux et ils nous révèlent que nous sommes appelés à devenir, par nos choix, des chefs  d’œuvres. N’attendons pas qu’ils ne soient plus là, pour leur crier notre amour et notre reconnaissance.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin