Grande récolte de dictionnaires français et anglais
et de manuels de sciences, physique, chimie, biologie, menuiserie et électricité.

À déposer à la librairie du CDD, rue de Bastogne 46 (Arlon)

Ils seront redistribués aux élèves de Lokolama (Congo).

Merci pour eux !

homélie du dimanche 29 octobre 206 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du livre de Jérémie (31,7-9)
2ème lecture : de la lettre aux Hébreux (5,1-6)
Evangile : selon saint Marc (10,46b-52)

 

Avez-vous déjà vu un aveugle traverser une foule en courant ? Moi non plus, mais je m’imagine bien la scène. Il doit en avoir fait des dégâts sur son passage. Et tout cela pour s’entendre dire, une fois arrivé aux pieds de Jésus : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Attendez, mais l’aveugle c’est qui là ?! Bartimée ou… Jésus ?!

Si je vous provoque un peu c’est pour que vous puissiez déplacer sur un autre niveau la question de Jésus. ‘‘Retrouver la vue’’, pour lui, implique que Bartimée accepte de s’engager dans une démarche qui va changer radicalement sa vie. Et ici je ne me réfère pas simplement au fait de voir ou de ne pas voir. Ça implique pour Bartimée une ‘‘conversion du cœur’’, une remise en question très sérieuse de sa manière de vivre, de sa manière …d’aimer et de se laisser aimer -nous le verrons tout à l’heure -. Et personne ne peut répondre à sa place !

Si vous voulez, dans la tradition chrétienne, il y a l’un ou l’autre père de l’Eglise qui a abordé ce sujet. Ils ont dit que si Dieu nous a donné deux yeux, c’est pour qu’avec l’un nous puissions voir son amour et pour qu’avec l’autre nous puissions reconnaître l’amour des hommes. Ce n’est qu’une interprétation symbolique, d’accord. Mais elle peut nous aider à mieux comprendre les cécités que nous pouvons rencontrer, nous, au quotidien, dans notre relation aux autres.

Essayons de transposer maintenant, cette grille de lecture, à l’évangile que nous venons d’entendre. Nous pouvons dire alors de Bartimée, qu’étant aveugle des deux yeux, il devait ne pas se sentir aimé, ni de Dieu ni des hommes. Et je dis bien qu’il devait ne pas se ‘‘sentir aim钒 et non pas qu’il devait ne pas ‘‘être aim钒. C’est là toute la question d’aujourd’hui. Mais quelle est la nuance ?

Imaginez, par exemple, un homme qui se lève de bon matin pour admirer l’aube et se laisser caresser le visage par sa lumière. S’il se tourne à l’ouest plutôt qu’à l’est, l’unique chose qu’il pourra contempler sera son ombre, grise et froide. Et bien, dans notre relation avec Dieu c’est à peu près la même chose. On dit que Dieu nous aime d’un amour inconditionnel. Pourquoi alors certains jours, je ressens son amour, tandis que d’autres fois non ? Parce que peut-être, parfois, je suis tourné du mauvais côté. Je sais très bien, si vous voulez, ce que j’attends de Dieu, mais est-ce que je me suis posé la question de savoir ce que lui veut me donner, et de quelle manière ?!

Dans la relation avec les autres c’est exactement la même chose. Invitez à manger chez vous un jour, par exemple, un oriental qui vient de débarquer pour la première fois en Occident. J’ai entendu dire que, dans certains pays d’Orient, une des façons pour exprimer le fait d’avoir apprécié le repas, c’est de ne pas terminer son assiette et de roter à la fin du repas. Et bien, avant d’inviter quelqu’un à manger chez vous, je vous invite à bien vous renseigner sur les coutumes de son pays. Vous risquez, sinon, des sacrées surprises. Lui, de son côté, aura aimé votre cuisine et il vous l’aura exprimé à sa manière. Mais vous, de votre côté, vous pouvez mal interpréter son attitude et avoir le sentiment inverse.

Cela simplement pour vous montrer que tous, pour exprimer notre amour envers quelqu’un, nous avons notre propre type de langage. Et ils existent plusieurs langages d’amour.

Un conseiller conjugal américain, Gary Chapman, en a mis cinq majeurs en évidence : il y a le langage des paroles valorisantes, celui des moments de qualités, celui du toucher, celui des cadeaux et celui des services rendus. L’originalité de cet homme c’est d’avoir analysé que chacun de nous peut avoir plus de familiarité avec un langage plutôt qu’avec un autre.

Pourquoi c’est tellement important d’en prendre conscience ? Parce que si je ne tiens pas compte, que le langage d’amour, auquel moi je suis plus sensible, n’est pas forcément le langage d’amour que l’autre sait parler le mieux, alors je vivrai de profondes frustrations. Et lui, ou elle, aussi. Tôt ou tard je finirai par me convaincre que la personne que j’ai en face de moi, au fond, ne m’aime pas. Tandis qu’elle, pour sa part, est en train de me parler son propre langage d’amour. Et, à son tour, elle ne comprendra pas non plus pourquoi moi, de mon côté, j’y suis plus ou moins insensible.

Je vous donne quelques exemples concrets. Imaginez que votre femme soit particulièrement touchée par les paroles valorisantes ou par les moments de qualités. Vous, par contre, vous vous sentez particulièrement aimé quand on vous offre quelque chose. Alors le langage avec lequel vous, à votre tour, vous vous sentirez plus à l’aise pour exprimer votre amour sera justement celui des cadeaux. Il est le plus naturel, pour vous ; c’est une sorte de langue maternelle. La tentation subtile sera de croire tout à fait normal que l’autre aussi - votre femme dans ce cas - parle le même langage que vous. En conséquence, vous imaginerez pouvoir répondre à son besoin d’amour en lui offrant des beaux bouquets de fleurs ou des parfums très coûteux. C’est là toute l’équivoque. Pas une seule seconde ne vous viendra à l’esprit qu’elle, pour se sentir vraiment aimée et valorisée dans ce qu’elle est et dans ce qu’elle fait, attend peut-être autre chose de votre part. Choisissez de passer moins de temps devant la télé ou l’ordinateur et plus de temps avec elle, en l’écoutant et en lui partageant votre journée et ce que vous ressentez. Et cela, même si quelques heures auparavant vous lui avez offert, après l’avoir choisie ensemble, une magnifique machine à laver, dernière génération ! Vous serez étonné de sa réaction.

D’autre part, si moi, je suis plus sensible au langage du toucher tandis qu’elle, l’est plus pour ce qui concerne le langage des services rendus, elle croira pouvoir alors remplir mon vide affectif par de bons repas et par une maison bien en ordre. Comment lui faire comprendre qu’à moi, en rentrant du travail, il me suffirait tout simplement d’être embrassé et de me sentir accueilli par elle plutôt que de la voir toujours énervée derrière ses casseroles, en train d’essayer d’expérimenter de nouvelles recettes… pour me faire plaisir ?!

Vous comprenez qu’il ne s’agit pas là de mauvaise foi, ni d’un côté ni de l’autre. Il suffit, tout simplement, de prendre acte, que derrière beaucoup de nos frustrations relationnelles, se cache un malentendu. Ce malentendu, c’est de croire que du moment que moi, je suis sensible à un langage d’amour particulier, alors les autres aussi doivent forcement être sensible au même langage que moi.

C’est peut-être ce qui est arrivé à Bartimée aussi, cet aveugle dont il est question dans l’évangile de Marc. Il mendiait de l’amour partout, avec son bras constamment tendu. Et il ne se sentait aimé que lorsqu’on déposait dans sa main de l’argent. Nous aussi, nous sommes ‘‘aveugles’’ lorsque, dans notre quête d’amour, c’est nous qui décidons de quelle manière les autres doivent nous aimer, par quel langage d’amour.

Le Christ, ce dimanche, vient nous ouvrir les yeux. Il vient nous apprendre à être attentifs au langage d’amour des personnes que nous croisons régulièrement. Pourquoi ? Pour deux raisons. D’abord, parce que si je connais le langage d’amour de la personne que j’ai en face de moi, je saurai le reconnaître quand elle l’utilisera avec moi. Je pourrai ainsi me sentir aimé par elle. Et cela même si elle ne parle pas forcément, ou pas couramment, mon langage d’amour à moi. Et deuxièmement parce que, à mon tour, quand je voudrai lui montrer mon amour, je saurai comment la rejoindre là où elle est le plus sensible.

Une fois qu’on aura appris à reconnaître facilement ces cinq langages de l’amour, on pourra aussi plus facilement nous reconnaître aimés par le Seigneur. Et cela, en toutes circonstances, même lorsqu’il choisira d’utiliser des langages qui nous sont moins familiers.

Soyons clairvoyants et on évitera beaucoup de malentendus, beaucoup de souffrances, à nous et aux personnes que nous aimons.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO -  Vicaire à Saint-Martin