Nous avons le plaisir de vous communiquer le lien vers la vidéo du spectacle « En Chemin » à l'église Saint-Martin sur YouTube (version complète - 1h10)
homélie du 15 octobre 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : lecture du livre de la Sagesse (7,7-11)
2ème lecture : de la lettre aux Hébreux (4,12-13)
Evangile : selon saint Marc (10,17-30)

« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche de rentrer dans le Royaume de Dieu » Mc.10,25.

 

L’évangile est toujours, par définition, une “bonne nouvelle”. Mais aujourd’hui, en écoutant l’évangile de Marc, nous avons peut-être eu un peu plus de mal à reconnaître dans les paroles du Christ une bonne nouvelle pour nous, un message qui nous ouvre des portes, des possibilités, plutôt que de nous les claquer sur le nez. Pourquoi le Seigneur est-il si exigeant avec cet homme riche ? Pourquoi a-t-il des paroles si dures sur la richesse ? Nous savons pourtant que le Christ n’a jamais posé de gestes ou de paroles qui ne soient pas libérateurs, libératrices. Ici aussi, sans doute, il doit y avoir dans son message une dimension libératrice, quelque part. Mais laquelle ?

Tout d’abord c’est important de ne pas réduire la ‘‘richesse’’ simplement à une question ‘‘d’argent’’. Elle peut se concrétiser par l’argent, bien sûr, comme elle peut se traduire, tout autant, par des endroits précis ou par des personnes concrètes. La richesse est, au fond, tout ce qui évoque chez la personne un sentiment de sécurité. Ce qui sécurisera par exemple un bébé ça sera probablement sa tutute ou son doudou ; pour un enfant ce seront, tout d’abord, ses parents, sa maison et le contexte familial ; pour un adulte ce sera plutôt son travail, qui lui permettra d’assurer son bien-être et celui de sa famille, etc. Tous nous avons besoin de sécurités, tant affectives, qu’économiques ou psychologiques…. Et ici, il semblerait que le Christ nous demande d’y renoncer, ou d’être prêts à y renoncer. Comment est-ce possible de demander cela à quelqu’un ? C’est inhumain ! Et malheureusement, on a souvent fait du Christianisme une religion de la privation et du renoncement, tandis qu’en réalité ce n’est pas du tout le cas. Le Christianisme n’est pas une religion du ‘‘renoncement’’ mais plutôt de la ‘‘réappropriation’’. C’est fondamental de saisir cette différence. Le Christ n’est pas venu pour nous enlever quoi que ce soit, mais pour nous le rendre, et nous le rendre qualitativement… « au centuple ». Voilà pourquoi nous ne pouvons pas comprendre la réponse que le Christ donne à cet homme, « Va, vends tout ce que tu as (…) puis viens et suis-moi », sinon à la lumière de la réponse qu’il donnera tout de suite après à Pierre, quand il lui dira : « Personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple ».

Savoir quitter intérieurement des endroits, des objets, des personnes chères, pour prendre du recul et pour pouvoir arriver à les aimer non pas pour nous mais pour elles-mêmes. C’est celle-ci l’unique voie qui nous permettra de se les réapproprier d’une manière saine et correcte. Tant que nous n’aurons pas osé expérimenter ce double mouvement, de savoir lâcher prise pour pouvoir retrouver à nouveau, nous ne pourrons pas comprendre cette liberté intime qui est propre aux véritables aimants. Et si l’homme riche, dont il était question dans l’évangile, n’a pas su vivre cette double dynamique c’est parce que probablement il croyait, peut-être sincèrement, qu’il chercherait vraiment à vouloir aimer les autres, tandis qu’il était encore prisonnier du fait de se chercher lui-même, par son besoin caché de reconnaissance. Ce qui l’emprisonnait c’était de dépendre intimement de son image, de cette image que les autres pouvaient lui renvoyer de lui-même. Voilà sa prison. Une prison dorée, c’est vrai, sécurisée par l’approbation des autres, mais toute tapissée de miroirs, dans une logique narcissique de repli sur soi. C’est dans cette prison, dans cet enfer, que le Seigneur a essayé de le rejoindre, inutilement, pour le ressusciter à la vie éternelle. L’amour véritable, en effet, purifié de tout égoïsme et de tout désir de contrôle sur l’autre, on le reconnaît par le fait même qu’il nous ressuscite tous les jours, un peu plus.

Mais nous ne pourrons pas savourer pleinement cette dimension transcendante de l’amour tant que nous n’aurons pas fait, au plus profond de notre cœur, une démarche personnelle d’abandon, et plus particulièrement de ‘‘deuil’’. Deuil vis-à-vis de notre conjoint, de nos enfants, de nos parents, mais aussi de notre travail, de nos loisirs, de nos rythmes de vie, de tout ce qui, au fond, nous sécurise. Mais entendez-moi bien : non pas l’abandon pour l’abandon. Le deuil auquel nous invite le Seigneur c’est par rapport à ce que je voudrais que l’autre soit, idéalement, pour l’accueillir pour ce qu’il est, réellement. C’est ça le véritable deuil. Et ça rejoint un peu l’image de la main qui recueille du sable sur le rivage : tant que nous voudrons serrer une poignée de sable dans notre main, elle fuira par tous les côtés. Et plus on serrera fort, pour le retenir, et plus le sable fuira rapidement d’entre nos doigts, en créant en nous un sentiment d’angoisse et de frustration. Mais c’est justement en ouvrant notre main, dans un esprit d’accueil et non pas de domination, que nous saurons le garder près de nous. Que cette image du sable puisse nous aider aussi dans nos relations conjugales et dans l’éducation de nos enfants. Ce n’est pas un bras de fer qui me fera grandir et qui fera grandir l’autre. Ça sera plutôt une main tendue, ouverte, prête à accueillir l’autre, mais quand celui-ci se sentira prêt à cette rencontre que je lui offre.

 « Va, vends tout ce que tu as (…) puis viens et suis-moi ». Accueillir cette parole du Christ c’est accepter de renoncer à tout esprit de domination et de contrôle sur l’autre. Que le Seigneur vienne purifier notre amour, afin qu’il soit, cette semaine, cette main qui accueille et non pas celle qui serre et qui étouffe.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin