Grande récolte de dictionnaires français et anglais
et de manuels de sciences, physique, chimie, biologie, menuiserie et électricité.

À déposer à la librairie du CDD, rue de Bastogne 46 (Arlon)

Ils seront redistribués aux élèves de Lokolama (Congo).

Merci pour eux !

homélie du dimanche 10 septembre 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du livre d’Isaïe (35,4-7a)
2ème lecture : de la lettre de saint Jacques (2,1-5)
Evangile : selon saint Marc (7,31-37)

L’évangile de ce dimanche nous présente Jésus Christ en train de guérir un homme de son mutisme et de sa surdité ; c’est sympa pour cet homme, c’est clair ! Mais au fond, qu’est ce qu’elle a de si spéciale pour nous cette guérison ? Surtout si on tient compte que le Christ au cours de son ministère a fait des miracles bien plus grands, bien plus importants ; comme ressusciter son ami Lazare de la mort. Alors. Pourquoi consacrer tellement d’importance à ce miracle spécifique ? En réalité, ce qui rend ce miracle ‘‘spécial’’ pour nous, c’est que l’Eglise a repris ce geste de toucher la bouche et les oreilles et la formule « Effata ». Elle les a reproposés au cours de la célébration baptismale. C'est-à-dire que le jour de notre baptême, le prêtre a probablement posé sur nous les mêmes gestes et prononcé les mêmes paroles que le Christ a adressées à cet homme de l’évangile. Voilà, si vous voulez, une bonne raison pour nous de chercher à saisir le sens profond de tout cela et ce qu’il pourrait apporter à notre vie de tous les jours ; essayons alors de comprendre pourquoi, quand nous étions encore bébés, le prêtre a touché nos oreilles et notre bouche -à plus forte raison si on entendait déjà très bien et surtout si on savait très bien nous faire entendre (et je suis sûr que nos parents s’en souviennent encore)- ? La réponse est à rechercher dans la signification profonde du baptême. Le baptême nous libère de l’emprise du péché et nous donne la possibilité de vivre en enfants de Dieu. Et si l’Eglise a repris ce geste de l’Effata au cours du baptême, c’est pour montrer que ce n’est pas la vieillesse ou la maladie qui entraînent dans l’homme la plus grave forme de mutisme et de surdité. C’est d’abord le péché : l’égoïsme, l’indifférence, le repli sur soi…

Nous présenter cet évangile baptismal, c’est nous aider à réfléchir, non pas tellement sur le mutisme et la surdité du ‘‘corps’’, mais tout particulièrement sur le mutisme et la surdité du ‘‘cœur’’.

Comprenons que cet évangile ne s’adresse pas forcément aux vieux et aux malades. On peut en effet être jeune, en pleine santé, ‘‘entendre’’ très bien… sans nécessairement savoir ‘‘écouter’’. Comme d’ailleurs, on peut être apparemment des petits vieux qui n’entendent plus grand chose, mais qui savent très bien écouter, qui savent écouter ce besoin d’amour et de reconnaissance que la personne en face porte en elle et qu’elle a peut-être tellement de mal à exprimer.

Si Antoine de Saint-Exupéry disait dans le Petit Prince que « l’essentiel est invisible pour les yeux », moi -pour ma part- je voudrais ajouter que souvent, l’essentiel est aussi « inaudible pour les oreilles », à l’exception des oreilles du cœur. On pourrait dire que si ‘‘entendre’’ est une faculté naturelle liée à l’organe des oreilles -un automatisme si vous voulez- et qu’on peut très bien entendre beaucoup de choses, beaucoup de bruits au long de notre journée sans vraiment y prêter attention, ‘‘écouter’’ par contre, est liée à l’organe du cœur et l’écoute demande beaucoup d’entraînement, beaucoup d’exercice. En effet, du moment qu’écouter est lié à la faculté de l’amour, c’est un art et il a besoin pour cela de s’apprendre.

Voilà pourquoi de nos jours nous sommes confrontés à tant de problèmes de communication : dans le couple, entre parents et enfants, entre frères et soeurs, entre amis, entre voisins…; la faute n’est pas à la technologie -qui de son côté avance très bien et très vite-, mais elle est plutôt à rechercher dans le fait que nous ne prenons plus le temps d’apprendre à écouter. Autant à s’écouter soi-même, avec nos besoins réels, qu’à écouter l’autre avec ses propres besoins réels.

J’ai lu quelque part que dans le dialogue, nous arrivons à écouter une personne qui nous parle, en moyenne 17 secondes avant de l’interrompre. Mais qu’est-ce que sont 17 secondes face à la complexité que nous portons en nous ?! Comment pouvoir imaginer saisir une personne et ce qu’elle pense à partir de ce qu’elle a dit en quelques secondes ?!

Je crois que si nous avons tellement de mal à écouter l’autre, c’est parce que pour écouter, il faut savoir faire silence en nous. Et le silence est justement quelque chose qui nous fait tellement peur, qu’on essaie de le fuir par tous les moyens. C’est clair que si nous n’avons pas un espace intérieur riche, soigné et bien aménagé, … ce silence qui nous renvoie à nous-même, met la lumière, qu’on le veuille ou pas, sur un ‘‘vide’’ épouvantable. Et alors ce silence, il faut essayer de le remplir quelque part ; voilà qu’on arrive aux caricatures qui montrent dans le couple la femme qui déverse un flot de paroles sur le mari pendant que celui-ci dit oui avec sa tête en continuant à lire son journal ou en regardant sa TV. Tous les deux, chacun à sa manière, sans se le dire, sont en train d’essayer de fuir ce vide.

On se plaint aussi par exemple, que les enfants n’en font qu’à leur tête ? Qu’ils n’écoutent pas les conseils qu’on leur donne avec tant de sollicitude ? Mais a-t-on pris, nous, à notre tour, le temps de bien écouter les questions qu’ils nous posent, et surtout ces questions qu’ils ne nous posent pas explicitement mais qui brûlent au fond d’eux-mêmes ? Ne sommes-nous pas plutôt trop pressés de nous écouter nous-mêmes, en leur exposant notre propre point de vue, notre propre vérité ?! Je me rends compte de plus en plus, que ce n’est pas parce que quelqu’un m’expose un problème qu’il attend nécessairement de moi une solution. Souvent ce qu’il attend, c’est juste d’être écouté, … mais écouté avec le cœur, d’être… aimé. C’est le fait de se savoir aimé qui éventuellement lui donnera la force et le courage de regarder en face la réponse, une réponse qu’il connaît souvent déjà et qu’il porte en lui peut-être depuis longtemps. C’est seulement une fois qu’on aura appris à écouter qu’on saura quoi dire et comment le dire.

Ce n’est pas pour rien que le Seigneur nous a donné une bouche et deux oreilles et non pas l’inverse, une oreille et deux bouches (…comme c’est souvent le cas !). Reconnaissons que la qualité de notre parole est souvent liée à la qualité de notre écoute. Plus on saura aimer par notre écoute et plus on saura aimer par notre langage. Voilà pourquoi dans cet évangile le Seigneur ne guérit pas uniquement les oreilles ou uniquement la bouche : la guérison de la bouche ne va pas sans la guérison des oreilles. Tant qu’on n’aura pas su écouter le besoin d’amour de l’autre, sa blessure intérieure, on ne saura pas par quelle parole précise le rejoindre. Je peux m’efforcer de dire beaucoup de paroles valorisantes à ma femme, à mon mari, à mes enfants…, mais tant que je ne sais pas quel est l’endroit où ça fait mal chez lui, chez elle, je peux lui dire des choses magnifiques et me sentir malgré tout inefficace, totalement à côté de la plaque.

On dit souvent que l’amour rend ‘‘aveugle’’… Tant mieux, comme ça on est obligé de se laisser guider par l’autre. Et l’on ne pourra pas le faire tant qu’on n’écoutera pas l’autre nous apprendre le chemin pour le rejoindre, le chemin pour rejoindre son cœur. Ayons le courage de quitter les sentiers battus, les phrases toutes faites, pour pouvoir apprendre des nouveaux langages de l’amour et pouvoir ainsi rejoindre l’autre non pas par les paroles que nous avons besoin, nous, de dire, mais plutôt par les paroles que lui/elle a besoin d’entendre !

Ce dimanche ne restons pas repliés sur nous-mêmes, renfermés dans notre surdité et dans notre mutisme, mais laissons le Christ nous ouvrir aux autres et qu’Il nous fasse découvrir les chemins de l’amour véritable.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire de Saint-Martin