homélie du 27 août 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du livre de Josué (24,1-2a.15-17.18b)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens (5,21-32)
Evangile : selon saint Jean (6,60-69)

Voilà qu’avec l’évangile d’aujourd’hui, s’achève la série d’évangiles sur le « pain de vie » qui nous a accompagné du dernier dimanche de juillet et tout au long du mois d’août (à l’exception du dimanche de la Transfiguration). J’imagine que ces dernières semaines, Jean-Marie n’a pas raté l’occasion de vous parler en long et en large de l’eucharistie. C’est pourquoi, si maintenant, je vais vous parler encore de l’eucharistie, ce n’est pas pour en rajouter, mais simplement pour introduire un autre sujet capital, particulièrement lié au premier, qu’on a réduit à la sphère du profane et dont on a fait un tabou. Mais il a besoin de retrouver d’urgence toute sa valeur et toute sa signification. Ce thème est celui de la sexualité.

Ne vous étonnez pas si j’ose parler de sexualité dans le contexte d’une messe. Parce que tout d’abord, c’est l’Eglise elle-même, qui a associé ces deux thèmes en faisant précéder l’évangile d’aujourd’hui sur le pain de vie, image de l’eucharistie, par la lecture de saint Paul sur la relation entre époux. Lecture où saint Paul revient plusieurs fois sur la dimension du corps. D’autre part, ce qui m’encourage davantage à insister dans mon propos, c’est que la première personne à avoir parlé de sexualité dans la Bible, ce n’est pas un jeune petit prophète un peu avant-gardiste, comme on pourrait l’imaginer, mais Dieu lui-même, dans les toutes premières pages de la Genèse, quand il a dit que « l’homme quittera son père et sa mère, il s’unira à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’une seule chair ».

Arrêtons alors de couvrir nos yeux et de boucher nos oreilles sous le prétexte d’une pudeur qui est souvent mal placée. La société a sorti sa grosse artillerie pour nous endoctriner et endoctriner nos jeunes, vos enfants, sur tout ce qui concerne notre relation au corps et à la sexualité ; et elle veut nous laisser croire que la Foi chrétienne n’a rien à dire à ce propos. Et bien, c’est totalement faux ! Vous voulez savoir une chose ? Qui méprise vraiment le corps et la dignité de la femme, ce n’est ni Saint Paul ni l’Eglise mais la publicité.

Le risque que je vois pour nous chrétiens, c’est qu’en réponse à notre culture hédoniste, obsédée par la jouissance à tout prix, nous risquons de nous réfugier dans un silence complice ou même dans le retour à une mentalité janséniste, imbibée par le mépris du plaisir. Laissons plutôt à Dieu lui-même de nous apprendre tant à aimer qu’à faire l’amour. Parce que si c’est vrai que tous savent ‘‘faire du sexe’’ - même les animaux - rares sont par contre les personnes qui savent ‘‘faire l’amour’’ et le faire dans toute sa vérité et dans toute sa beauté. Laissons alors l’Esprit venir humaniser notre sexualité pour faire en sorte que ce qui au départ, est marqué par un instinct de jouissance et de domination, devienne chemin de rencontre, de dialogue et de communion. Si « le Verbe s’est fait chair », c’est pour que la chair puisse se faire à son tour parole, langage. Vous comprenez alors que la sexualité n’est plus du domaine du faire, mais plutôt du domaine de l’être : devenons des êtres de communion.

Sur ces préliminaires, je voudrais introduire plus spécifiquement le parallélisme entre liturgie de l’amour divin et liturgie de l’amour humain ; la première s’exprimant particulièrement dans l’eucharistie tandis que la deuxième plus particulièrement dans l’intimité conjugale. Je n’ai pas le temps maintenant de développer toutes les similitudes entre ces deux moments de communion profonde, le premier entre l’homme et son Dieu, le deuxième entre l’homme et son conjoint. C’est pourquoi je voudrais passer à analyser directement cette intuition originale, que j’ai repris d’un livre d’Olivier Belleil, de relier l’une à la lumière de l’autre, et de laisser que le déroulement des phases de la messe puisse illuminer et rythmer aussi le déroulement des phases de l’intimité conjugale.

Commençons par remarquer par exemple, que la messe dominicale s’inscrit au sein d’un jour de repos. Cela pour nous dire que c’est important, de ‘‘prendre le temps’’ pour vivre ce rendez-vous d’amour, sans le coincer entre deux autres activités. Laissons le temps à l’amour de s’exprimer, en toute liberté, sans contrainte de temps. Sinon cela pourrait frustrer l’un ou l’autre conjoint qui n’a pas encore eu peut-être le temps de se dire pleinement à l’autre.

Autre chose : on ne va pas à la messe comme on va travailler dans le jardin ou comme quand on fait le ménage à la maison. Prenons le temps de nous préparer à cette rencontre avec l’autre. Cherchons à nous faire beaux et belles pour l’aimé(e), et tout d’abord de nous découvrir à nous-mêmes beaux et belles. Souvent du côté des femmes, elles sont tellement prises à s’occuper des enfants et de la maison, qu’elles ne se donnent plus le temps de se soigner, de soigner leur aspect, de soigner leur univers intérieur. Quand par exemple t’es-tu payée une nouvelle robe la dernière fois ou as-tu pris du temps pour aller à la piscine ou chez le coiffeur ? Quand t’es-tu donné tout simplement le droit de lire un livre pour la dernière fois ? Maris, encouragez vos femmes à s’aimer et à prendre du temps pour elles ; vous verrez que si elles prennent le temps pour mieux s’aimer, elles, elles prendront aussi le temps pour mieux vous aimer, vous, et mieux vous accueillir.

Ensuite, une fois arrivé à l’église, la première chose que le prêtre fait après le signe de la croix c’est inviter l’assemblée à se reconnaître pécheresse pour accueillir l’amour de Dieu. Dans l’intimité conjugale, c’est la même chose. Après avoir crée le cadre de la rencontre, dans la sérénité et dans la beauté (…pas n’importe quand et pas n’importe où), on commence par se reconnaître pauvres et maladroits dans l’amour, pour mieux accueillir l’amour de l’autre. Pour l’accueillir, non pas comme un droit ou comme un dû, mais avant tout comme un don. Voilà pourquoi c’est important de faire un bref examen de conscience, en essayant de reconnaître à quel moment de la journée on a pu blesser l’autre, lui manquer d’amour, « en pensées, en parole, par action ou par omission ». Non pas pour nous écraser devant l’autre, bien sûr, mais plutôt pour grandir dans la conscience que l’amour est tellement fragile, qu’il suffit de très peu pour pouvoir le blesser. Il suffit le matin que le mari ait fait une remarque désagréable à sa femme, sur les enfants par exemple, ou il suffit que la femme, après avoir répété une dizaine de fois à son mari de sortir la poubelle, de lui dire une fois qu’il l’a fait : « Enfin, il était temps, les mouches allaient le faire ! » ; et voilà que la rencontre intime le soir s’en ressentira. Cela pour dire qu’on a besoin de se parler et de se demander pardon parce qu’on fonctionne différemment, hommes et femmes, et peut-être que l’autre est resté blessé par ce que j’ai dit ou pour une de mes attitudes, tandis que moi, de mon côté, je ne me suis aperçu de rien.

N’attendons pas les grandes crises dans le mariage, avec les assiettes qui volent et les portes qui claquent, pour se demander pardon : l’amour est ce feu fragile qui peut être éteint tant par un court orage que par une longue pluie toute fine. Et si l’autre vous demande comment vous allez, ayez l’humilité de lui dire où ça fait mal, de lui dire là où peut-être il vous a fait mal. En amour, on est souvent comme des éléphants dans une boutique de porcelaine (et je m’adresse là surtout à mes chers hommes) ; le tout est de le savoir et de se laisser aider par l’autre.

Après ce moment de pardon réciproque, ce n’est pas encore le temps de la ‘‘communion’’. Il y a d’abord la liturgie de la Parole. Comme à la messe, où l’on est toujours pressé parce qu’on a le rôti dans le four et où l’on voudrait zapper l’une ou l’autre lecture, dans l’intimité conjugale, ce moment de la parole, est une partie que les hommes surtout zapperaient bien pour passer rapidement ‘‘à table’’. Mais que représente cette liturgie de la parole à l’intérieur de l’intimité conjugale ? Et bien si dans la liturgie du pardon, on a enlevé toutes les pierres qui pouvaient empêcher la terre d’accueillir la graine, dans la liturgie de la parole, on prépare la terre, on la travaille, pour qu’elle puisse accueillir cette graine en profondeur. Ce n’est pas le moment des longs discours, mais plutôt un moment d’écoute. Le moment d’écouter l’autre, mais avec les oreilles du cœur, le…‘‘sentir’’. On peut passer des heures à ‘‘entendre’’ l’autre qui nous parle, sans ‘‘l’écouter’’ vraiment. La liturgie de la parole dans l’amour, c’est écouter l’autre et le révéler à lui-même, en lui disant des paroles valorisantes qui le font grandir et qui l’aident à… éclore.

Je n’ai plus le temps, mais maintenant que vous avez compris le parallèle entre ces deux liturgies, à vous de découvrir en couple comment vivre au mieux les deux autres moments : celui de la ‘‘liturgie de communion’’ et celui de ‘‘l’action de grâce’’ qui la suit.

C’est clair aussi que toutes les messes ne sont pas des solennités. Et là, je m’adresse surtout aux femmes : dans votre intimité conjugale, vous espériez que ce soit toujours la ‘‘Veillée Pascale’’, avec ses 9 lectures, l’encens, la chorale et les grandes orgues, et voilà que parfois vous vous retrouvez à une ‘‘messe basse en semaine’’… Ne soyez pas frustrées, elle est toujours ‘‘valide’’ mais respectez toutes les étapes de son déroulement et vous verrez que vous recevrez autant de grâces pour votre couple aux messes basses qu’à la messe de Pâques.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin