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homélie du dimanche 30 juillet 2006 PDF Imprimer Email
Année 2006

1ère lecture : du second Livre des Rois (4,42-44)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens (4,1-6)
Evangile : selon saint Jean (6,1-15)

Le miracle de la multiplication des pains introduit, dans l'évangile selon saint Jean, le discours du pain de vie, au chapitre 6 ; sans rien nier de l'historicité du miracle, il devient, dans l'intention de saint Jean, un alibi pour un long développement théologique sur l'Eucharistie, pain de vie, chair et sang de Jésus lui-même. Nous écouterons ce discours en entier au long des dimanches qui vont suivre : ce sera l'occasion de méditer sur le mystère, ancien et toujours nouveau de l'Eucharistie, source et sommet de toute vie chrétienne.

C'est par ces mots que nous avons cité en conclusion du premier paragraphe, que le Concile Vatican II a fait référence à la Sainte Messe. Source, car toute la spiritualité chrétienne mais aussi l'agir chrétien découle de l'Eucharistie : sans doute, toute vrai charité découle de Celui qui sur l'autel s'offre lui-même en nous aimant jusqu'au bout. En même temps, elle est sommet de la vie chrétienne car c'est vers elle, rencontre avec le Dieu véritable, que se dirigent nos prières et nos actions lorsqu'elles sont inspirées par l'Esprit Saint ; c'est en elle encore que tout trouve son accomplissement, la création entière parlant par nos voix unies à celle du Christ pour entonner une hymne de louange au Père.

 Mais, ne sommes-nous pas allés trop vite en besogne ? Est-il si évident le rapprochement entre la multiplication des pains et l'Eucharistie ? Ne faudrait-il pas s'arrêter au texte, sans faire une interprétation hâtive qui risque de brouiller les cartes et cacher l'essentiel du texte évangélique ?

Ces précautions ne sont pas dénouées de sens, mais, dans le cas qui nous occupe, c'est saint Jean lui-même qui nous invite à chercher dans la multiplication des pains le sens eucharistique ; en effet, Jésus distribue le pain après avoir rendu grâces, signe évident de la fraction du pain. Ainsi, l'étude de ce texte et de tout le discours du pain de vie nous permettra de saisir des aspects divers de la Sainte Messe.

D'abord, Jésus se retire, seul avec ses disciples, sur une montagne, lieu privilégié de la rencontre avec Dieu (voir l'Horeb, le Sinaï). L'évangéliste prend la peine d'attirer notre attention sur le fait que la Pâque des juifs approche : il nous avertit de la sorte que, pour bien comprendre ce qui va se passer, il faut avoir devant les yeux l'événement fondateur du peuple de l'Alliance. En sauvant les israélites de l'esclavage d'Egypte, moment où la première Pâque est célébrée, Dieu les avait constitué en même temps comme peuple : une bande d'esclaves était ainsi devenue un peuple, possédant une dignité nouvelle. La Pâque est, bien sûr, événement de salut, mais salut communautaire : ce qui se trouve à la base du nouveau peuple c'est l'expérience commune d'avoir été sauvés par l'unique Dieu.

Un autre aspect à ne pas négliger dans le récit c'est celui de l'intention de la foule : les évangiles rappellent souvent que les gens suivent Jésus parce qu'ils ont vu des signes accomplis sur les malades. Lorsque les autres évangélistes nous racontent ce miracle, ils insistent sur le fait que les gens avaient faim : depuis quelques jours ils ne mangeaient que trop peu ou bien ils avaient passé la journée à écouter Jésus et désormais c'était trop tard pour aller acheter de quoi se nourrir, revenant aux apôtres de s'en occuper. En outre, le parallélisme avec la traversée du désert par le peuple juif est aussi évident. Ce n'est pas le cas pour saint Jean : les gens ne cherchent Jésus que pour avoir des guérissons et ils vont avoir … du pain. De l'humour de mauvais goût de la part de Dieu ? Où encore là signe qu'il faut creuser, sans s'arrêter aux significations évidentes, comme c'est toujours le cas dans l'évangile de saint Jean ?

Dans un premier moment, saint Jean met l'accent sur l'initiative divine : c'est Jésus qui veut nourrir les foules, qui veut les inviter. Mais cela, ne contrarie en rien la recherche de la foule : comme il le leur expliquera au cours du discours sur le pain de vie c'est cette nourriture là qu'ils cherchaient sans le savoir.

C'est encore le thème de la nourriture véritable, celle qui comble toutes nos attentes, même les plus secrètes, celles qui nous restent cachées à nous-mêmes, qui se trouve comme arrière fond dans le dialogue entre Jésus et ses disciples: où pourrions-nous acheter du pain pour qu'ils aient à manger ? Par là, il signifie déjà qu'il veut inviter ces gens qui le suivent et, en même temps, il veut que les disciples prennent conscience de leur incapacité à nourrir la foule, à lui donner ce qu'elle veut. Mais leur incapacité n'est pas, pour ainsi dire, totale : s'ils ne savaient pas rassasier la foule, cela ne veut pas dire qu'ils n'ont rien à faire. Saint Augustin dirait : "Dieu, qui nous a créé sans notre participation, ne veut pas nous sauver sans notre consentement". Il veut avoir besoin de nos cinq pains d'orge et de nos deux poissons, l'orge étant la matière de laquelle étaient faits des pains des pauvres et aussi ceux qui étaient offerts au Temple.

Quand Dieu donne, en outre, il n'est pas radin : douze paniers remplis de morceaux reviennent aux disciples après que la foule soit rassasiée. Encore là, plusieurs significations sont possibles. La plus évidente, bien sûr, c'est celle qui voit dans les douze paniers la surabondance des dons de Dieu ; le numéro 12 symbolisant les tribus d'Israël, les paniers signifient aussi que la nourriture véritable est offerte à tout le peuple, et non seulement à ceux qui ont participé physiquement au miracle.

Au cours de l'histoire, on a aussi interprété la phrase "pour que rien ne soit perdu" dans le sens du respect à avoir pour les espèces eucharistiques, présence véritable de Jésus Christ, ce qui reste encore valable aujourd'hui. Respect que nous exprimons par l'adoration, aussi par notre manière de communier, par notre préparation extérieure et intérieure à ce moment (sommes-nous conscients de cela, en ayant recours au sacrement de la réconciliation lorsque nous sommes en état de péché grave ?).

En lien avec cela, il me semble qu'une autre interprétation est possible, sans trop forcer le texte. Les douze paniers de restes constituent le signe que les gens ce jour, au bord du lac de Tibériade, n'avaient pas assez faim, ils n'ont pas su accueillir jusqu'au bout le don de Dieu. N'est-ce pas aussi souvent notre cas ? La Sainte Messe nous semble parfois ennuyeuse et fade par la simple raison que nous n'avions pas assez faim, que nous ne nous sommes pas préparés à la rencontre et du coup assistons-nous à un rendez-vous manqué?

 

Abbé Juan-Carlos Conde Cid