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homélie du jour de Noël 2005 PDF Imprimer Email
Année 2005

1ère lecture : du livre d’Isaïe (52,7-10)
2ème lecture : Commencement de la lettre aux Hébreux (1,1-6)
Evangile : Commencement de l’Evangile selon saint Jean (1,1-18)

Toute la liturgie d’aujourd’hui veut nous introduire dans la joie de Noël et s’il y a bien un sentiment qui, plus que d’autres, pourrait traduire au mieux le climat général par lequel on voudrait entourer ce temps de fête c’est justement celui-ci. Dans nos maisons comme à chaque coin de la ville tout est mis en place pour que nous soyons dans la joie et que nous oublions pour quelque instant toutes les misères au boulot, pour que nous oublions les petits ou grands soucis de santé, des éventuels échecs dans les bulletins scolaires, les petits tracas en famille ou les frottements de voisinage. En ces jours la joie devient le mot d’ordre ; tout nous pousse à être dans la joie, la joie de se faire plaisir les uns les autres en s’échangeant des beaux cadeaux, la joie de vivre avec les enfants, l’un ou l’autre geste symbolique devant la crèche, après y avoir déposé l’enfant Jésus, la joie de passer des chouettes moments ensemble autour d’une belle table bien garnie... Et c’est important être dans la joie ; mais si cette joie n’est plus la ‘‘conséquence’’ d’une rencontre personnelle avec Dieu elle ne va se réduire qu’à un ‘‘but’’ à atteindre pour lui-même et alors si en ces jours pour une raison ou une autre je ne suis pas dans la joie, je vais me considérer comme anormal, et en culpabilisant de ne pas être comme les autres je risque de passer à côté de la vraie joie de Noël.

Alors aujourd’hui je voudrais m’adresser surtout à tous ceux qui peut-être n’ont pas le cœur à faire la fête, ceux qui ce midi rentreront chez eux et se réchaufferont quelque chose au micro-ondes, seuls devant leur télévision, ou ceux à qui cette fête peut-être rappelle tant de mauvais souvenirs de leur enfance et leur rouvre des blessures qui ne sont pas encore cicatrisées. J’ai envie de leur dire et de dire à tous ceux parmi nous qui n’ont pas une grande maison pour inviter plein de monde, à ceux qui n’ont pas l’argent pour offrir à leurs enfants les jouets qu’ils attendent, à ceux qui ont des familles ‘‘reconstitués’’ avec toutes les difficultés ultérieures que cela comporte au niveau des relations familiales… j’ai envie de leur dire avec saint Jean : « tous ceux qui l’ont reçu (qui ont reçu cet enfant, ce même enfant) il leur est donné de pouvoir devenir enfants de Dieu ». Qu’est-ce que ça veut dire alors concrètement dans nos vies cette phrase ? Elle signifie que même si mon frigo est vide, ma santé précaire, que mon bulletin est un vrai champ de bataille ou que mon passé familial est lourd à porter… moi aussi j’ai droit à la joie, tu as droit à la joie, mais non pas une joie éphémère, une joie extérieure, du ‘‘paraître’’, une joie qui tôt ou tard laisse la place à la tristesse, mais plutôt une joie profonde, une joie intime, la joie d’ ‘‘être’’, d’être… « enfant de Dieu ». Le problème c’est qu’on a terriblement banalisé cette expression, « enfant de Dieu », à cause aussi d’une fausse conception de tolérance envers les non chrétiens et d’un complexe que nous portons nous les chrétiens vis-à-vis d’une société de plus en plus laïque et pluraliste ; c’est clair que tous les hommes sont enfants de Dieu, bien sûr, parce que tous nous portons au plus profond de nous-même cette vocation à aimer du même amour que Dieu, mais la vraie question est une autre : combien connaissons-nous de personnes qui vivent réellement en enfants de Dieu ?!? Et est-ce que nous nous vivons en enfants de Dieu ?!?

« Devenir enfant de Dieu » pour saint Jean c’est dire à l’homme d’aujourd’hui qu’il n’a pas qu’une nature humaine et qu’il n’est pas obligé de se confronter toujours et inexorablement aux limites propres à cette nature humaine mais qu’il peut aimer au-delà de son égoïsme, au-delà de sa paresse, de son orgueil, de son narcissisme, de ce ‘‘je’’ qui à la fin occupe toute la place dans sa vie et qu’il n’en laisse ni aux autres ni à Dieu. Jésus Christ, en ce Noël, vient lui-même nous révéler cette nature divine que nous portons cachée en nous et il nous la révèle non pas par des beaux discours théologiques. Si pour les musulmans Dieu a ‘‘dict钒 le Coran pour leur ‘‘indiquer’’ la voie à suivre, pour nous les chrétiens Dieu a ‘‘incarn钒 l’Évangile pour nous ‘‘prendre par la main’’ et nous accompagner sur cette voie.

Le mystère de l’incarnation n’est pas moindre que le mystère de la passion : ils relèvent tous les deux d’une même racine, celle de l’amour passionné d’un Dieu qui se rend vulnérable à l’homme, tant dans la personne d’un nouveau-né nu dans une crèche que dans la personne d’un crucifié nu sur un bois, pour nous montrer au fond quelle est la véritable nature de Dieu que nous portons en nous, quelle est la véritable nature de… l’amour. Adam et Eve, une fois que leur nature humaine avait été blessée, ont eu honte l’un vis-à-vis de l’autre de leur nudité ; Jésus Christ, par sa nudité, vient nous réconcilier avec notre nudité, image de notre fragilité. Dieu, dans ce Noël, par la personne de ce nouveau-né, vient nous révéler que l’amour pour être complet et épanouissant ne s’arrête pas à la volonté de mettre la main sur l’autre mais il laisse l’autre mettre la main sur soi ; par exemple, combien de fois devant les amis ou les collègues en parlant du conjoint nous disons : ‘‘elle est ma femme’’ ou ‘‘il est mon mari’’ ; et pourquoi ne nous disons pas plutôt : ‘‘je suis son mari’’ ou ‘‘je suis sa femme’’ ? C’est si anodin que ça vous croyez ? Reconnaissons qu’il n’existe pas possibilité d’une véritable rencontre d’amour entre moi et mon conjoint, entre moi et mes enfants, entre moi et mes amis les plus chers jusqu'à quand je ne me donne pas le droit d’être nu, fragile, sans défense devant l’autre et jusqu’à quand je ne laisse pas ce même droit aussi à la personne que j’ai en face de moi.

Ce Noël prenons alors du temps devant ce nouveau-né désarmé et sans défense ; arrêtons-nous un instant à contempler le sommet de l’amour, un amour qui n’est pas naturel mais qui nous est révélé, incarné par Dieu pour que nous puissions savoir de quel amour nous pouvons commencer à aimer nos proches déjà dès aujourd’hui.

 

Abbé Pietro CASTRONOVO – Vicaire à Saint-Martin