Grande récolte de dictionnaires français et anglais
et de manuels de sciences, physique, chimie, biologie, menuiserie et électricité.

À déposer à la librairie du CDD, rue de Bastogne 46 (Arlon)

Ils seront redistribués aux élèves de Lokolama (Congo).

Merci pour eux !

homélie de la messe de minuit - Noël 2005 PDF Imprimer Email
Année 2005

1ère lecture : du livre d’Isaïe (9,1-6)
2ème lecture : de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite (2,11-14)
Evangile : selon saint Luc (2,1-14)

« Dis, tu crèches où ? » Au-delà du jeu de mots de circonstance, cette interpellation a servi de thème de campagne pour l’action d’Avent de « Vivre Ensemble », cette année. Cette question ramassée renvoyait les chrétiens qui ont bien voulu l’entendre au délicat problème social, tout particulièrement épineux dans notre région dorée, du droit au logement pour tous. Quand on ne fait pas partie des classes favorisées ou simplement à l’aise, où crécher aujourd’hui décemment ? Où donc trouver place pour se loger chez nous quand on est pauvre ou même avec un revenu modeste ? Tragique actualité de la parole d’Evangile de cette nuit de fête : « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. »

Noël, chaque année, pour les chrétiens, c’est la joie de saluer ce jour où Dieu est entré en humanité par la porte des pauvres lors d’un voyage obligé d’un jeune couple revenu à la terre de leurs ancêtres pour un recensement qui concerne tout l’empire romain. Comme bien des immigrés, ils trouvent des portes closes. Seuls des bergers dans la nuit se dérangent pour venir les saluer.

Le premier Noël, c’est Dieu qui se fait passager clandestin, étranger, petit et nu, pauvre et méprisé pour débarquer sur la terre des hommes. Il ne se fait pas d’illusion : les riches et les savants sont trop occupés, trop comblés pour le reconnaître et lui faire une place !

Depuis lors, Noël, chaque année, c’est Dieu qui revient frapper à la porte de notre cœur et nous redit à chacun, à toi comme à moi… comme à tous les autres : « Si tu veux aujourd’hui, je viens habiter chez toi ! … Ton cœur est-il assez pauvre et disponible pour entendre cela ?

Nous sommes chaque année différents. Notre histoire n’est jamais terminée. Je change. J’évolue. Le monde change et me questionne. Parfois même me bouleverse et me dérange. Ma foi elle aussi, comme ma vie sont toujours remises en question, interrogées.

Mes amis, vous courrez peut-être bien des risques en étant venus ce soir à la messe de minuit ! Cela pourrait bien être pour vous autre chose qu’un moment d’émotion et qu’une belle tradition !

Si Dieu, cette nuit, frappe à votre porte, que lui direz-vous ? S’il vous propose d’habiter votre vécu, votre histoire, que lui répondrez-vous ? …

Si nous sommes si nombreux dans les églises ce soir, c’est que la fête de Noël résiste à toutes les entreprises de désenchantement. Elle reste, en un certain sens, magique ! La crèche, le sapin, le réveillon, les cadeaux mais aussi les appels pathétiques à la paix et à la solidarité : tout contribue à ce que le cœurs palpitent. Et pourquoi en aurions-nous honte ?

Encore faut-il prendre la mesure de l’événement. Oui, la fête est belle mais saint Jean, dans le prologue du quatrième évangile que nous réentendrons demain, à la messe du jour, commente ainsi l’irruption de Jésus en notre monde : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli ». Ainsi Noël commémore aussi une exclusion historique, un rejet qui atteindra son degré maximal sur le calvaire.

Au-delà de l’émotion et de l’émerveillement légitimes que nous pouvons ressentir devant l’Enfant de la crèche, comme devant tout nouveau-né, accueillir le Christ, c’est l’accueillir tout entier avec toute la force divine qui est en lui, comme un pourfendeur des ténèbres, de l’obscurantisme, du mensonge, de l’orgueil, de l’injustice et de l’égoïsme. Il porte avec lui une invitation absolue à voir Dieu en tout homme. Désormais, mépriser l’homme ou le rejeter, c’est mépriser et rejeter Dieu lui-même. Accueillir le Christ dans sa vie, c’est faire place à l’Evangile de l’Amour, à sa puissance de pardon, de rédemption et de résurrection, c’est vivre en permanence avec la porte de son cœur ouverte.

Qui que vous soyez ici, cette nuit, puissants ou misérables, familiers de cette assemblée ou gens de passage, croyants ou mal croyants, je vous souhaite de vous laisser habiter par l’Enfant de la crèche, avec tout le risque que comporte une telle hospitalité !

« Dis, Jésus, tu crèches où cette nuit ? »


Abbé Jean-Marie JADOT – Doyen de Saint-Martin