Le nouveau vitrail de St Martin : "Matin de Pâques"

Essai d'interprétation

Donnons-nous la peine de nous avancer vers le chœur de l'église et retournons-nous pour avoir une vue d'ensemble du vitrail. Le regard est ébloui par la magnificence de l'œuvre et par le chatoiement des couleurs. Le vitrail est non-figuratif et laisse à chacun la liberté d'interprétation qui lui convient.

Essayons de le détailler quelque peu et laissons le regard le parcourir de bas en haut.

Le bas du vitrail frappe d'abord par son bleu nuit, qui forme une masse énorme et occupe toute la surface du bas. Il évoque dans mon esprit le monde des abysses, avec des ondulations qui font penser à des courants sous-marins.  Serait-ce le monde des enfers, dont il est question dans le credo chrétien ?

Ou encore les ténèbres de la nuit profonde après la mort en croix du Christ ?

On sent très bien que ce bleu traduit quelque chose d'inquiétant, qui a de quoi faire frémir.

Il faut distinguer dans cette masse deux zones :

-        celle du dessous, d'un bleu profond, avec au centre une tache multicolore qu'il me paraît difficile d'interpréter. Cette zone est soulignée d'une bande rouge qui fait le lien avec les bandes rouges latérales et semble encadrer tout le tableau.

-        celle du dessus, avec déjà des tons d'un bleu plus clair, où apparaît au centre une tache verte qui tranche sur le bleu. Signe d'espoir ? Évocation du tombeau où repose un corps dans une mort qui n'est que provisoire ?

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Le nouveau vitrail de St Martin : "Matin de Pâques"

Essai d'interprétation

Donnons-nous la peine de nous avancer vers le chœur de l'église et retournons-nous pour avoir une vue d'ensemble du vitrail. Le regard est ébloui par la magnificence de l'œuvre et par le chatoiement des couleurs. Le vitrail est non-figuratif et laisse à chacun la liberté d'interprétation qui lui convient.

Essayons de le détailler quelque peu et laissons le regard le parcourir de bas en haut.

Le bas du vitrail frappe d'abord par son bleu nuit, qui forme une masse énorme et occupe toute la surface du bas. Il évoque dans mon esprit le monde des abysses, avec des ondulations qui font penser à des courants sous-marins.  Serait-ce le monde des enfers, dont il est question dans le credo chrétien ?

Ou encore les ténèbres de la nuit profonde après la mort en croix du Christ ?

On sent très bien que ce bleu traduit quelque chose d'inquiétant, qui a de quoi faire frémir.

Il faut distinguer dans cette masse deux zones :

-        celle du dessous, d'un bleu profond, avec au centre une tache multicolore qu'il me paraît difficile d'interpréter. Cette zone est soulignée d'une bande rouge qui fait le lien avec les bandes rouges latérales et semble encadrer tout le tableau.

-        celle du dessus, avec déjà des tons d'un bleu plus clair, où apparaît au centre une tache verte qui tranche sur le bleu. Signe d'espoir ? Évocation du tombeau où repose un corps dans une mort qui n'est que provisoire ?

Au fur et à mesure que monte le regard, les bleus se font plus clairs et semblent indiquer un passage, celui de la fin de la nuit et l'approche du jour.

Un étage plus haut, les tons changent et virent au mauve pâle, mêlé de tons plus clairs. Le mauve est une couleur de deuil. Les disciples de Jésus sont dans la tristesse et la peur. Leur maître est mort. Ils se posent des questions. Ont-ils été dupes ? Que vont-ils devenir ?

Le regard s'élève : on est dans le jaune pâle. La lueur du jour point à l'horizon. Quelques taches d'orange. Le soleil de l'aube va se montrer, mais il se laisse seulement deviner.

On distingue déjà d'autres couleurs qui viennent ajouter leur touche au tableau : le blanc, le vert, le rouge, qui suggèrent la montée du soleil.

Deux bandes latérales rouges semblent accompagner la montée du regard vers le haut.

C'est l'heure où Marie de Magdala (Marie-Madeleine) se met en marche. Elle porte des aromates pour oindre le corps de Jésus. Entrer dans le tombeau. Mais comment faire ? Une énorme pierre en barre l'accès... Surprise ! En s'approchant, elle voit que la pierre a été roulée de côté. Elle entre : le tombeau est vide. Il ne reste que le linceul, soigneusement replié. Marie est confuse. Qui a volé le corps ? Elle prend peur et pleure. Elle n'a pas remarqué la présence de deux personnages mystérieux, dont l'éclat éclaire l'obscurité du tombeau. Ils sont irradiés de lumière. Ils lui adressent la parole : "Qui cherches-tu, Marie ? Jésus, le nazaréen ? Il n'est plus ici, il est ressuscité. Ne vous l'avait-il pas prédit ? Il vous précède en Galilée, c'est là que vous le retrouverez. Va donc dire aux autres ce que tu as vu." Marie s'empresse d'aller annoncer la nouvelle. Hélas, les Onze ne la croient pas. N'est-ce pas là radotage de femme ? Pourquoi le Maître lui aurait-il donné la primeur ?

C'est en bref le récit fondateur de la foi chrétienne, tel que nous le rapportent les Évangiles, avec quelques variantes.

Ramenons le regard vers notre vitrail.

Si l'on regarde bien son centre, on distingue un grand cercle de couleur bleu clair, qui fait penser à un ciel bleu, émaillé de quelques éclats de rouge.

Ce bleu englobe la grande plage du centre où l'on passe du mauve au jaune éclatant. Fête de la lumière, éclat du soleil, le jaune prend le dessus sur le mauve et nous indique la victoire de la joie sur la tristesse, de la vie sur la mort.

Si j'écoute mon intuition, je crois voir dans les deux lancettes centrales les pointes des ailes d'un ou de deux anges (c'est selon), soulignées par un jaune éclatant, qui pointent vers la petite rosace tout en haut du vitrail, laquelle semble symboliser le ciel.

Ceci évoque une idée d'élévation, de mouvement vers le haut, dans la direction du ciel. L'ange représente en effet ce trait d'union entre terre et ciel et sert de messager.

De part et d'autre de cette plage lumineuse jaune, la proportion de rouge et d'orange augmente et nous fait penser à un ciel d'aurore qui annonce une journée radieuse.

Poursuivons notre évocation :

L'œil est attiré par un grand arc jaune qui chapeaute le cercle central et forme une sorte de portique lumineux qui traverse les rosaces latérales et se prolonge de part et d'autre du vitrail par des bandes latérales rouges et vertes.

Ceci me fait penser à un grand arc-en-ciel, (illustrant les différentes couleurs du prisme), qui viendrait magnifier la scène centrale. Christ a triomphé de la mort et a été élevé dans le monde d'En Haut. Matin de Pâques !

Le haut du vitrail est d'origine formé de trois rosaces : deux latérales, plus grandes, surmontées d'une troisième, plus petite, au centre. Celle qui attire le plus le regard est cette petite rosace supérieure, où domine nettement le rouge.

Accolés à ce cercle dominant se trouvent deux petits triangles (écoinçons) où le rouge est bien présent aussi.

Qu'évoque cette couleur rouge ?

J'y vois personnellement plusieurs symboles :

1)    C'est la couleur du sang, celle de la victime, de l'Agneau immolé de l'Apocalypse, mais debout et triomphant.

2)    C'est la couleur du cœur et de l'amour

3)    C'est aussi le symbole de la puissance et de la gloire

4)    C'est encore la couleur du feu, attribut divin (Pensons à l'épisode du buisson ardent et au mythe de Prométhée)

Outre le rouge de cette rosace supérieure, on trouve aussi du bleu très foncé qui renforce l'idée de majesté et même de royauté.

Le bleu évoque aussi la voie lactée et l'infini du cosmos.

On peut encore déceler la présence de formes géométriques, dont l'interprétation est laissée à l'imagination de chacun.

Les trois cercles où domine le rouge peuvent suggérer aussi l'idée de Trinité, illustrée en trois surfaces, mais qui forment une unité au sommet de l'ogive du vitrail.

Le tout forme un tableau d'ensemble qui nous fait voyager des profondeurs de la nuit ou celle des abysses, en passant par la lumière du jour, jusqu'à la hauteur du ciel, dominé par la Divinité.

Que rêver de mieux pour illustrer le matin de Pâques ?

L'auteur a intériorisé le mystère avant de le projeter en éclats lumineux dans son œuvre créatrice. Mystère de la création artistique : l'artiste mûrit en son âme les sentiments que lui inspire le sujet proposé. Maturation lente et profonde, car il s'agit de transformer en mode artistique une image qui s'est formée au plus intime de lui-même.

Dans ce cas, l'artiste a opté pour un art non-figuratif. Cela peut déconcerter de prime abord. Mais il permet à tout visiteur de se faire sa propre idée. L'artiste suggère, le spectateur a la liberté d'interpréter et de s'associer à l'œuvre de l'artiste.

Le but final de tout art est de créer de la beauté. Celle-ci ne peut être imposée, elle se laisse seulement déguster, selon les dispositions de chacun. A ce propos, je voudrais citer un écrivain de chez nous, à savoir Armel Job, romancier connu, qui, en parlant de la beauté, a écrit :

"L'artiste ne fourre pas en nous l'extravagante esthétique de son invention, il éveille la beauté qui repose incognito au plus profond de nous tous."

Merci à Etienne Tribolet de nous offrir tant de beauté. Merci au doyen J-M. Jadot d'avoir eu cette idée visionnaire, d'avoir vu plus loin que le quotidien, d'avoir lancé ce projet culturel destiné à prolonger le centenaire de l'église. Il est le couronnement d'un long apostolat. Il enrichit prodigieusement l'église St-Martin et le patrimoine culturel de la ville d'Arlon. Une église n'est pas seulement un lieu de culte, elle est aussi un lieu de culture qui peut attirer des manifestations artistiques diverses.

Pensons aux nombreux visiteurs étrangers qui franchiront le seuil de St-Martin et en ressortiront éblouis. Soyons fiers de cette belle réalisation !

J-Paul C.

Arlon